Étoile du marin

Loin de moi l’idée de me mêler du différend actuel en Nouvelle-Écosse entre pêcheurs autochtones et non autochtones. Pour avoir couvert la pêche comme journaliste, je sais d’avance que rien n’est simple, que chacun a, à la fois raison et tort, que les droits des uns semblent empiéter sur les droits des autres et que l’Histoire n’a pas grand-chose à voir là-dedans.

Ce que je voudrais évoquer plutôt, c’est le tollé devant l’utilisation par les pêcheurs non autochtones du drapeau acadien. Pourquoi ces cris d’effroi? Le drapeau acadien ne devrait-il servir que le 15 août? N’aurait-il sa place que devant nos maisons, sur notre perron et devant nos institutions? À l’abri de toute polémique? De toute laideur? Comme Notre-Dame de l’Assomption dans sa niche à l’église?

Bien sûr, l’image du drapeau levé par des pêcheurs en colère pour confronter leurs adversaires d’aujourd’hui va à l’encontre de notre belle image humaniste et idéale du peuple acadien lié pour toujours à ses frères autochtones. Hélas, il y a presque un demi-millénaire depuis l’amitié entre nos ancêtres de Port-Royal et Membertou et la seule chose qui nous en reste, c’est notre conscience de descendre directement de ces grands personnages de l’histoire. Et notre drapeau. Alors pourquoi ces pêcheurs acadiens ne le brandiraient-ils pas? Ce drapeau n’est-il pas le leur? Ne devrions-nous pas plutôt nous réjouir qu’en ce moment difficile, en 2020, ces pêcheurs affichent encore et toujours leur appartenance à l’Acadie?

Soyons TRÈS clairs: le conflit ne se règlera pas avec des insultes et avec un détestable racisme qui n’a de place nulle part, surtout pas chez nous qui avons tant souffert de discrimination. Mais n’allons pas non plus, du confort de nos salons, pointer du doigt ceux qui se débattent pour faire vivre une industrie dont nous ignorons presque tout et leur interdire, en plus, de dire qui ils sont.