À quoi sert l’ONU?

Née des horreurs de la Seconde Guerre mondiale en 1945, l’Organisation des Nations Unies a 75 ans cet automne. Mais c’est probablement le plus triste anniversaire de l’organisation mondiale depuis sa création.

En temps normal, de nombreux dirigeants du monde se réuniraient à New York pour célébrer cette étape importante et inaugurer la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations Unies, dont l’inauguration a eu lieu lundi. À cause de la pandémie de Covid-19, il n’y aura toutefois eu de rassemblement que virtuel des chefs d’État par le biais de discours pré-enregistrés.

La pandémie a démontré que les arguments en faveur du multilatéralisme et de la gouvernance mondiale n’ont jamais été aussi forts. À l’occasion, l’ONU s’est toutefois largement illustrée par son incompétence.

La Chine a bloqué tout rôle important du Conseil de sécurité, l’organe exécutif de l’ONU, de peur d’être critiquée pour sa mauvaise gestion initiale de l’épidémie et d’être tenue responsable des conséquences au niveau mondial.

En même temps, l’Organisation mondiale de la santé s’est grandement discréditée pour s’être mise servilement au service de la Chine. Elle a été encore plus affaiblie par la décision controversée des États-Unis de s’en retirer. Les grandes puissances font donc de l’ONU ce qu’elles veulent, et pas nécessairement ce dont le monde a besoin.

Mardi, les États-Unis de Donald Trump et la Chine de Xi Jinping se sont vivement affrontés à l’Assemblée générale de l’ONU, confirmant l’entrée dangereuse dans une «nouvelle guerre froide». L’ONU s’illustre là aussi par son impuissance.

Selon les termes de la Charte des Nations Unies, l’organe a été créé pour «sauver les générations futures du fléau de la guerre» et pour poursuivre des voies pacifiques et inclusives vers la prospérité et la démocratie mondiales.

Le rôle de l’ONU dans la diplomatie multilatérale et le développement économique et social des pays est bien connu. Mais, dans l’ensemble, l’ONU a déçu. Sauf à de rares occasions, elle a plutôt été prisonnière des rivalités entre grandes puissances qui la financent et dont elle a souvent subi le diktat. Celles-ci sont généralement réticentes à céder leur liberté d’action.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, déclarait cette semaine que l’évitement d’une troisième guerre mondiale était une «grande réalisation dont les États membres peuvent être fiers…». L’histoire de l’ONU raconte toutefois une histoire moins optimiste.
Pendant les quatre décennies de la guerre froide, l’ONU était devenue le théâtre d’une épique rivalité américano-soviétique. Et le fait que la guerre froide ne soit jamais devenue «chaude» se devait moins à ce qui s’est passé à l’ONU, qu’à la dissuasion nucléaire qui a pu imposer une prudence significative dans le comportement américain et soviétique.

On peut aussi déplorer la pratique au sein de l’ONU d’un système de partage de butins (qui consiste à placer trop de personnes dans des postes importants pour des raisons autres que la compétence), le manque de responsabilité et l’hypocrisie. C’est le cas particulièrement lorsque les pays qui ignorent les droits de l’homme siègent sur un organe des Nations Unies destiné à les soutenir.

Le Conseil de sécurité de l’ONU, son organe le plus influent, tient de l’anachronisme. Une modification de sa composition s’impose afin de refléter la nouvelle répartition des puissances dans le monde d’aujourd’hui.

Une telle option n’est toutefois pas plausible. Des changements potentiels favorisant certains pays au détriment d’autres seraient bloqués par les cinq puissances ayant droit de veto au Conseil (États-Unis, Russie, France, Chine, Grande-Bretagne).

L’ONU a par ailleurs tragiquement failli lorsque le monde en avait le plus besoin. En 1994, elle n’a ainsi pas réussi à mettre fin au génocide au Rwanda, l’un des pires de l’histoires.

Afin de prévenir la répétition de telles horreurs, l’Assemblée générale déclarait en 2005 la «responsabilité de protéger». En vertu de cette nouvelle norme internationale, la «communauté internationale» se devrait d’intervenir lorsqu’un gouvernement n’est pas en mesure ou ne veut pas protéger ses citoyens contre la violence à grande échelle.

Les cas de la Syrie et du Yémen démontrent toutefois que la doctrine a été largement ignorée. Lorsqu’elle a été invoquée, comme en 2011 dans le cas de la Libye, la doctrine a été discréditée.

En effet, non seulement la coalition dirigée par l’OTAN a agi en son nom propre, elle est aussi allée plus loin que la doctrine onusienne, en destituant le gouvernement libyen en place, créant ainsi un vide de pouvoir synonyme de chaos.

Les grandes questions politiques et économiques mondiales sont actuellement décidées au sein de mécanismes alternatifs comme les G7 et G20. Si ces coalitions démontrent parfois une réelle volonté de relever certains des défis régionaux et mondiaux, leurs actions en dehors de l’ONU tendent à l’affaiblir plutôt que la renforcer.

Malgré son travail et son influence mondiale, c’est la question de la raison d’être même de l’ONU qui est posée ici.