Faut-il un vice-premier ministre?

Est-il nécessaire d’avoir dans un gouvernement un vice-premier ministre? Comme dans notre système parlementaire hérité de la Grande-Bretagne le poste de premier ministre est totalement absent de la constitution de 1867, celui de vice-premier ministre y figure encore moins. Il n’y a pas non plus une convention, c’est-à-dire une règle non écrite, pour justifier la nomination d’un vice-premier ministre.

La nomination d’une vice-premier ministre dans le système politique canadien relève de l’unique bon vouloir du premier ministre et parfois des circonstances. C’est une fonction essentiellement honorifique. Comme au Nouveau-Brunswick nous avons deux communautés linguistiques de langues officielles, il est arrivé qu’un premier ministre croit qu’il est nécessaire de nommer un vice-premier ministre appartenant à l’autre communauté culturelle.

Lorsque Frank McKenna a formé un gouvernement libéral majoritaire en 1987 après avoir remporté la victoire dans les 58 circonscriptions électorales de la province, il a nommé Aldéa Landry comme vice-première ministre. Celle-ci a cumulé également d’autres fonctions dont celles de présidente du conseil exécutif et ministre des Affaires intergouvernementales.

Paul Robichaud, qui sera tout comme Aldéa Landry élu député de Shippagan-Lamèque-Miscou, occupera lui aussi le poste de vice-premier ministre dans le gouvernement progressiste-conservateur de David Alward. Blaine Higgs sentira également le besoin d’avoir un vice-premier ministre francophone lorsqu’il formera un gouvernement minoritaire en 2018. Son unique député du Nord francophone, Robert Gauvin, sera désigné dans cette fonction. Il quittera plus tard le navire progressiste-conservateur pour siéger comme indépendant et ensuite se faire élire, aux dernières élections, sous l’étiquette libérale dans la région de Moncton.

La question sur toutes les lèvres après ces élections était la suivante. Est-ce que Blaine Higgs nommera son unique député francophone, Daniel Allain, comme vice-premier ministre dans son prochain gouvernement? S’il faut en croire les déclarations de l’intéressé, celui-ci ne semblait pas vouloir devenir le nouveau Capitaine Acadie! Il a fait savoir que sa première loyauté allait à ses électeurs de Moncton-Est. Comme Blaine Higgs a été échaudé dans son aventure politique avec Robert Gauvin, on peut comprendre sa décision de ne pas s’adjoindre dans son nouveau gouvernement un vice-premier ministre.

Les électeurs accordent-ils de l’importance au poste de vice-premier ministre? À première vue la réponse est non. Les circonscriptions rurales sont très exigeantes à l’endroit de leur député. Même si Aldéa Landry était considérée comme le bras droit de Frank McKenna, elle a découvert que ce n’était pas à Fredericton qu’elle se faisait élire mais dans sa circonscription. Elle connaîtra la défaite après un seul mandat aux mains de son rival Jean Gauvin. Paul Robichaud subira le même sort aux élections de 2014. Son titre de vice-premier ministre ne lui a pas permis d’être réélu.

Daniel Allain, qui est un fin politicien, a tout à fait raison d’accorder la priorité à ses électeurs de Moncton-Est. Comme nous l’avons constaté plus haut, c’est le travail de député qui semble le plus important lorsqu’il s’agit de se faire réélire et non celui de vice-premier ministre ou encore de ministre.