Pas drôle

Partout où je me tourne ces jours-ci, je ne vois que noirceur et obscurantisme: du clown orange demandant aux suprématistes blancs armés jusqu’aux dents de demeurer vigilant (vous en conviendrez, ce n’est guère rassurant), jusqu’à l’horreur à l’hôpital de Joliette où des infirmières, supposées soigner, se permettent d’insulter une patiente autochtone mourante. Ajoutons à cela la fermeture imminente de la Clinique 554 à Fredericton et, le clou, le remous causé par la poète lauréate de la capitale néo-brunswickoise à la lecture d’un poème jugé «inapproprié» parce qu’il évoquait le droit à l’avortement.

J’ai grandi à une époque durant laquelle, petit à petit, victoire après victoire, nos sociétés ont cheminé sur la route de la connaissance, de la tolérance, d’une humanité visant à s’améliorer, à apprendre pour mieux comprendre. Naïvement, j’ai cru, à l’époque, que le mouvement progressiste bien engagé, personne ne pourrait l’arrêter.

Et voici que, de partout, ressurgit l’horreur: l’horreur ordinaire du racisme, de l’intolérance, de la violence et de la haine. Glorifiée par certains totalitaristes comme notre odieux voisin du sud, mais bien plus encore par certains de nos concitoyens et concitoyennes qui ne voient «l’autre» que comme ennemi public numéro un.

Et que dire du silence? De l’absence de réaction? Comme s’il était banal d’injurier sa voisine autochtone, dusse-t-elle être mourante dans un lit d’hôpital, comme s’il était normal, en démocratie, de s’indigner contre une œuvre de poésie, peu importe son propos; comme s’il était normal, enfin, qu’une décision de la Cour suprême du Canada, soit encore défiée 30 ans après!

Permettez-moi de dire que je ne comprends pas comment nos sociétés sont tombées si bas. Comment trois générations seulement après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, nous sommes de nouveau en train de verser dans les deux gouffres que sont la discrimination et l’indifférence.