Le baron de Saint-Castin – défenseur de la frontière de l’Acadie chez les Abénakis

Il a été l’un des grands aventuriers dans l’histoire de l’Acadie. Militaire, baron, seigneur presque indépendant des autorités, intégré parmi les Abénakis jusqu’à devenir le chef, et guerrier de l’avant-poste acadien aux frontières de la Nouvelle-Angleterre. Français, Jean-Vincent d’Abbadie a vécu l’expérience du Nouveau Monde d’une façon unique.

Marjolaine Saint-Pierre, auteure du livre Saint-Castin, baron français, chef amérindien, dit que «cet ancêtre de plusieurs Acadiens et Québécois était un homme d’exception un combattant qui a su influencer le cours des choses», et qu’il a eu une «…destinée étrange, héroïque et aventureuse».

Il est né en 1652 dans le Béarn, région au pied des Pyrénées, probablement à Escout, en pleine épidémie de la peste dans la région. Sa mère en mourra d’ailleurs quelques mois après sa naissance.

Son père, Jean-Jacques d’Abbadie, est seigneur de Saint-Castin et obtient du roi Louis XIV en 1654 d’ériger son domaine en baronnie. Jean-Vincent, qui est le second fils, en héritera plus tard lorsque son frère aîné mourra sans descendance.

Entretemps, le jeune Saint-Castin intègre à 13 ans le fameux régiment de Carignan-Salières en tant qu’enseigne. En 1665, Louis XIV décide d’envoyer le régiment à Québec afin de sécuriser la Nouvelle-France. Saint-Castin est du voyage. Lors que le régiment a terminé sa mission, deux ans plus tard, il revient en France.

Mais ce sera de courte durée. En 1670, il retraverse l’Atlantique, cette fois à destination de l’Acadie, en compagnie d’Hector d’Andigné de Grandfontaine, nommé gouverneur. Saint-Castin a 18 ans.

Grandfontaine a comme mission de ramener le contrôle français en Acadie après 13 ans de régime anglais. Au lieu de s’installer à Port-Royal comme ses prédécesseurs, il déplace le siège de la colonie à Pentagoët, dans le Maine actuel, afin de mieux protéger l’Acadie face à la Nouvelle-Angleterre.

Plaque dans la petite ville de Castine (du nom de Saint-Castin), au Maine (domaine public)

La vie de Saint-Castin changera pour toujours dans ce pays qui deviendra le sien. Il se lie d’amitié très rapidement avec les Autochtones de la région, membres de la nation abénaki. Il va d’ailleurs épouser la fille du grand chef des Abénakis de la région, Madokawando, qui se nomme Pidianske (baptisée Marie-Mathilde).

Quelques années après son arrivée, Grandfontaine se relocalise à Port-Royal et confie Pentagoët à Saint-Castin. Celui-ci en deviendra le grand seigneur, loin des autorités, et commencera un commerce actif avec la Nouvelle-Angleterre qui ne sera interrompu que lors des guerres.

Les conflits seront d’ailleurs fréquents, même en temps de paix, notamment en raison de la position géographique de Pentagoët, que les autorités coloniales de Boston considèrent faisant partie de leur territoire d’influence.

En 1674, lors d’une attaque, Saint-Castin est fait prisonnier et amené à Boston. Il sera torturé par le feu afin de l’inciter à changer de camp. Il réussit cependant à s’échapper et gagne Québec à travers les bois.

Il fait rapport directement au gouvernement Frontenac de ce qu’il a vécu. C’est alors que le gouverneur, selon ce qu’en dira l’un des fils de Saint-Castin, lui donne comme mission – non écrite – d’engager les Abénakis et les autres nations autochtones de l’Acadie à se mettre aux intérêts de la France.

C’est un rôle que Saint-Castin avait déjà entamé, mais il s’y donnera maintenant à fond. Gendre du chef des Abénakis de Pentagoët, il en deviendra le conseiller militaire et l’incitera à mener plusieurs attaques contre les établissements anglais du Massachusetts et du New Hampshire voisin.

En 1686, il est sur les rangs pour remplacer Perrot comme gouverneur de l’Acadie. Quelques années plus tard, il apprend de ses espions en Nouvelle-Angleterre que Phips se prépare à attaquer Québec et il en avertit Frontenac. En 1692, ce même Phips soudoie deux déserteurs pour l’assassiner, mais deux Acadiens déjouent le plan.

Quatre ans plus tard, Saint-Castin participe à la prise de Pemaquid, l’établissement le plus au nord de la Nouvelle-Angleterre, non loin de Pentagoët, attaque menée par le célèbre Pierre Le Moyne d’Iberville.

Madokawando meurt en 1698 et tout porte à croire que Saint-Castin lui succède en tant que chef. Son «règne» sera de courte durée, car en 1701, il retourne en France afin de se défendre de certaines accusations.

Ayant eu gain de cause, il se rend dans sa région natale du Béarn, où il doit affronter son beau-frère, qui lui conteste la succession familiale. On tente même de démontrer que Saint-Castin n’est pas le fils légitime du premier baron. L’affaire traîne. La cour à Paris souhaite que Saint-Castin retourne au plus vite en Nouvelle-France et intervient auprès des instances locales pour que la cause soit jugée au plus vite.

Peine perdue. En 1707, à l’âge de 55 ans, Jean-Vincent d’Abbadie, baron de Saint-Castin meurt sans avoir pu retourner en Acadie.

Ses enfants ont fait des alliances avec de grandes familles acadiennes.

Son fils Bernard-Anselme deviendra baron de Saint-Castin à la mort de son père. Élevé par sa mère autochtone parmi les Abénakis, il avait fréquenté le petit séminaire du Québec. On fait appel à lui pour rallier ces alliés autochtones. Il participe à la défense de Port-Royal en 1707 et retournera quelques années à Pentagoët, jusqu’à la perte de l’Acadie par le traité d’Utrecht de 1713. Il épousera Marie Charlotte Damours de Chauffours, fille de Louis Damours, seigneur de Jemseg, et se rendra au Béarn pour se battre, en vain, pour sa succession, et y mourra.

Sa fille Thérèse épouse Philippe Mius d’Entremont, petit-fils du premier du nom en Acadie, Jacques, baron de Pobomcoup. Par sa fille, le baron de Saint-Castin est donc l’ancêtre de tous les d’Entremont d’Amérique.