L’immigration et le logement abordable

Pour de multiples raisons, le Nouveau-Brunswick francophone est significativement plus âgé et vieillit plus rapidement que le reste de la province. L’immigration y est donc d’autant plus importante pour son avenir économique et celui de ses services publics. Pourtant, nous tirons de l’arrière lamentablement dans ce dossier.

Le manque d’équilibre linguistique représente l’une des plus grandes menaces aux ambitions du gouvernement en matière d’immigration.

Si le Nouveau-Brunswick francophone n’arrive pas à rattraper son retard, c’est son poids démographique et politique — et par le fait même, son attitude face à une immigration accrue — qui sont en jeu.

L’immigration francophone est un défi qui nous interpelle tous et qui ne peut être surmonté que si nous mettons tous l’épaule à la roue. Il ne faut pas se contenter de revendiquer plus d’immigrants francophones, il nous faut tout mettre en branle pour les attirer et les garder.

La pénurie de logements et l’escalade des loyers est un autre enjeu qui pourrait dérailler les ambitions du gouvernement provincial de doubler le nombre d’immigrants à 10 000 d’ici sept ans.

Or, jusqu’à présent, cet enjeu n’a pas eu une place de choix dans nos débats publics. Il faut que ça change et ça presse.

Pour mieux comprendre ce qui pourrait nous arriver si nous n’arrivons pas à maîtriser la situation, nous n’avons qu’à nous tourner vers Halifax, où le marché locatif figure maintenant parmi les moins abordables au pays.

Le loyer médian d’un appartement de deux chambres dans cette ville a augmenté de 20% au cours des cinq dernières années. À 1130$ par mois, il se situe maintenant 15% au-dessus de la moyenne nationale, une coquette somme pour des ménages qui gagnent 10% de moins que la moyenne nationale.

Heureusement, le logement demeure bien plus abordable au Nouveau-Brunswick. À l’échelle de la province, le loyer médian d’un appartement de deux chambres s’établit à 800$ par mois.

Voilà pour la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que les loyers augmentent désormais très rapidement. Jusqu’à récemment, ils suivaient principalement une inflation générale d’environ 2% par an. L’an dernier, le loyer médian d’un appartement de deux chambres a augmenté de 3.5% à l’échelle provinciale.

À Fredericton et à Saint-Jean, c’était 6%.

À l’exception des transferts fédéraux, aucun dossier n’est plus important que l’immigration pour l’avenir de l’économie et des services publics au Nouveau-Brunswick.

Pour préserver l’appui des gens à l’égard de l’immigration, les gouvernements devront travailler ensemble pour faire du logement une pierre angulaire du programme économique et social de la province.

Au minimum, toute stratégie pour faire face à la crise du logement au Nouveau-Brunswick devra inclure de l’aide pour les ménages à faible revenu confrontés à l’escalade des loyers.

Elle devra également fournir des incitatifs aux coopératives d’habitation, le secteur sans but lucratif et les promoteurs privés.

De tels incitatifs sont nécessaires pour faire en sorte que les unités destinées aux ménages à faible revenu soient au moins aussi attrayantes aux yeux des constructeurs que les condos de luxe pour les baby-boomers qui quittent la maison familiale.

Ces incitatifs sont essentiels compte tenu de la pénurie main-d’œuvre dans l’industrie de la construction.

Pour réussir, les gouvernements devront faire preuve d’audace et agir à une échelle qui rendra les mesures annoncées à ce jour minuscules en comparaison.

Ils devront également saisir la balle au bond et se mettre au travail immédiatement, car la chute temporaire du nombre d’immigrants offre l’occasion idéale de rattraper notre retard, voire même de prendre une longueur d’avance.

Agir dès maintenant aidera non seulement nos économies locales à se redresser de la crise, mais jettera également les bases de la prospérité de notre province pour de nombreuses années à venir.