Annamie Paul: un moment historique, et pas seulement pour le Parti vert

Samedi dernier, après une course à la chefferie passée presque inaperçue dans le sillon de la COVID-19, le Parti vert du Canada a choisi son nouveau chef. Annamie Paul a été choisie pour succéder à Elizabeth May. Cette dernière a passé 14 ans à sa tête et a mené le parti vers des victoires électorales historiques, ayant été elle-même élue pour la première fois en 2011 et étant accompagnée aux Communes de Paul Manley et de Jenica Atwin depuis 2019.

L’arrivée d’Annamie Paul à la tête des verts marque elle aussi l’histoire, d’une autre manière. Mme Paul est une femme noire, une première pour les partis politiques fédéraux. Elle est aussi seulement la deuxième chef de parti de confession juive de notre histoire, derrière le néo-démocrate David Lewis. C’est aussi une femme bilingue au parcours impressionnant, ayant notamment œuvré à la Cour pénale internationale. Or, bien qu’ayant brisé un nouveau «plafond de verre» avec son élection, elle a plusieurs défis devant elle.

Premièrement, la course à la chefferie fut une chaude lutte.

Bien qu’étant la favorite parmi huit candidats, ayant réussi à lever le plus de fonds et à obtenir l’appui de nombreuses personnalités importantes, incluant d’Elizabeth May elle-même, c’est seulement au huitième tour du vote préférentiel que Mme Paul a remporté une majorité des voies.

Dimitri Lascaris, son adversaire arrivé second, avait proposé une plateforme beaucoup plus radicale que la sienne. Ces résultats signalent une base fortement fragmentée entre la gauche dite «écosocialiste» et la gauche plus «mainstream». Mme Paul devra convaincre les premiers qu’ils ont toujours une place au sein de son parti, même si leur chef est idéologiquement plus près des seconds.

Deuxièmement, Mme Paul a annoncé qu’elle se présenterait aux élections partielles dans Toronto Centre, ce siège étant vacant à la suite du départ du ministre des Finances Bill Morneau. Or, cette circonscription vote fortement libéral depuis près de 30 ans. Mme Paul s’y était présentée en 2019 et était arrivée quatrième avec 7% des voies.

Les autres partis ont signalé qu’ils n’avaient aucune intention de lui laisser la voie libre en ne nommant pas de candidats au scrutin du 26 octobre. Il semble donc invraisemblable que Mme Paul obtienne son propre siège aux Communes de sitôt.

Malgré ces défis qui l’attendent, tant à l’interne qu’auprès des électeurs, l’image de Mme Paul comme femme sérieuse et articulée rehausse l’image du parti et pourrait même être bénéfique pour les verts provinciaux.

Annamie Paul, chef du Parti vert du Canada. – La Presse canadienne: Adrian Wyld

Les efforts d’Elizabeth May s’étant surtout concentrés sur la côte pacifique durant son règne, il sera intéressant d’observer l’effet de la présence de Mme Paul en Ontario, où le chef des verts Mike Schreiner fut élu pour la première fois en 2018, ainsi qu’au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, où les verts ont récemment fait bonne figure. Elle aurait aussi intérêt à rallier les forces des troupes de David Coon et Peter Bevan-Baker au profit d’éventuels candidats fédéraux dans l’Est, terreau potentiellement fertile pour d’éventuelles percées aux prochaines élections fédérales comme nous l’avons vu avec la percée de Jenica Atwin en 2019.