Le combat d’une femme pour la liberté

Cette semaine, je vous propose deux parcours de femme, celui de Farida, un personnage épris de liberté créé par la romancière d’origine tunisienne Monia Mozigh et de l’auteure-compositrice-interprète Mimi O’Bonsawin qui nous invite à découvrir son univers musical francophone.

Farida, Monia Mazigh

Roman captivant de solidarité féminine, Farida prend racine en Tunisie, pays natal de l’auteure d’Ottawa. Elle raconte le parcours d’une femme au cœur indépendant qui rêve de liberté. Prise dans un régime patriarcal répressif au siècle dernier, Farida va résister contre vents et marées au rôle qu’on lui a assigné. Elle deviendra alors un modèle de résistance pour les femmes de son entourage. Forcée par son père de se marier à son cousin, un bon à rien colérique et violent, elle va petit à petit conquérir son indépendance après avoir mis au monde un garçon. Véritable battante, elle défendra son fils et tentera de retrouver sa liberté.

À son tour, son fils Taoufiq va se marier et deviendra père d’une petite fille Leila. Sa femme Jouda qui refuse d’être confinée à la maison, le quittera pour poursuivre ses études et devenir enseignante. Farida qui voit en elle ses propres rêves l’encouragera à partir. Elle s’occupera donc de l’éducation de sa petite-fille Leila dotée aussi de beaucoup de détermination. La jeune Leila fera le voyage jusqu’au Canada pour entreprendre des études à Ottawa. L’adaptation dans ce nouveau pays ne sera pas nécessairement facile.

Ce roman est celui de la lente affirmation des femmes qui ont marqué l’histoire de la Tunisie, nous poussant ainsi à revoir de vieux clichés sur la soumission des femmes arabo-musulmanes. Autour de Farida, gravitent plusieurs femmes, ses amies, ses cousines, sa mère et ses tantes, qui forgent ce récit émouvant. Toutes ne sont pas aussi avant-gardistes que Farida, mais elles forment une communauté tissée serrée. L’auteure leur donne la parole. En lisant ce roman, on se dit que les Canadiennes ne sont peut-être pas si différentes.

En toile de fond, il y a aussi l’histoire de la Tunisie qui tente de se départir de l’emprise de la France. Racontée tantôt par Farida, Taoufiq, Leila, Jouda, le frère ou encore le mari, l’histoire est écrit au je. Comme lecteur, cela nous rapproche de chaque personnage, tout en apportant beaucoup d’humanité au récit. Ce n’est pas une autobiographie, bien que l’auteure s’est inspirée de faits historiques afin de créer des personnages le plus près possible de la réalité. Elle a une écriture simple, directe, sans trop de fioritures. Farida est le troisième roman de Monia Mazigh qui, rappelons-le, s’était battu pour faire libérer son mari Maher Arar d’une prison syrienne. L’écrivaine et militante qui participera à distance au prochain Salon du livre de Dieppe prendra part à une table ronde virtuelle sur la place des femmes dans la société. (Les Éditions David, 2020). ♥♥♥♥

Elle danse, Mimi O’Bonsawin

Le 8 octobre 2020. Elle danse de Mimi O'Bonsawin. Gracieuseté.

Après avoir évolué surtout sur la scène de la pop anglophone, l’auteure-compositrice-interprète abénaquise originaire de Sudbury arrive avec premier mini disque principalement en français. Plus organique et acoustique que son disque Connected, Elle danse traite de courage, de bonheur, de nature, de ses racines où les tambours ne sont jamais très loin.

Une nouveauté musicale remplie de fraîcheur qui laisse présager un avenir très prometteur pour Mimi O’Bonsawin qui nous chante de prendre le temps d’apprécier les moments présents.

Dans cette petite collection de chansons, j’ai eu un coup de cœur pour la chanson-titre au contenu évocateur. «Elle danse sur la lune ce soir avec les étoiles, fille de la terre et des grands-mères, elle danse dans la lumière du soir…» Une musique toute en simplicité et planante qui ne réinvente pas nécessairement le genre, mais qui nous fait rêver et qui apporte de la diversité dans le paysage musical francophone. Son premier album avait été primé aux Indigenous Music Awards. À découvrir absolument. ♥♥♥