De l’Irlande à l’héritage des troubadours

Vous avez envie de voyage, de tendresse et de poésie, voici deux œuvres qui risquent de vous plaire. Je vous présente le plus récent roman d’Annie-Claude Thériault, Les Foley, et le nouvel album de Francis Cabrel, À l’aube revenant, qui sort ce vendredi.

Les Foley, Annie-Claude Thériault

Tout commence par la Sarracenia purpurea (sarracénie pourpre), une plante carnivore magnifique qui pousse dans les tourbières. «Elle n’est accrochée à rien. Elle n’est retenue au sol imbibé d’eau que par des filaments. Des filaments qui ne s’enfoncent pas, qui ne s’enracinent pas.» Une biologiste américaine Laura débarque sur l’île Miscou en 2019 pour étudier cette plante, mais aussi pour renouer avec ses racines irlandaises. Un beau prélude à cette fresque historique qui traite, entre autres, de la transmission et de la puissance de la filiation. Ainsi on plonge dans un voyage passionnant qui s’amorce à Cobh en Irlande en 1847 pendant la grande famine jusqu’aux côtes de la Péninsule acadienne.

C’est l’histoire de la famille Foley à travers le portrait de six femmes singulières, vaillantes et déterminées. La misère qui sévit en Irlande pousse la grand-mère Eveline Foley à envoyer son fils et ses enfants à traverser l’Atlantique pour se rendre au Canada.

Le récit se poursuit au Nouveau-Brunswick et plus particulièrement dans la Péninsule acadienne à différentes époques jusqu’au début des années 1960. Chaque fois, on suit le parcours d’une des jeunes descendantes d’Eveline, dont le destin est loin d’être facile. Animées par un sentiment de révolte, les filles Foley issues de milieux modestes sont confrontées à la violence, à la lâcheté et l’ignorance des hommes. Mais chacune à leur façon pose un regard lucide sur le monde qui les entoure. Comme dans son roman précédent, Les filles de l’Allemand, l’auteure explore les histoires de famille. Même si on n’a pas connu nos ancêtres, il y a un fil qui se tisse de génération en génération et c’est ce que cherche à mettre en lumière Annie-Claude Thériault.

Roman intimiste empreint de poésie, de sensualité avec un soupçon de mystère et de secrets à moitié révélés, Les Foley est écrit avec beaucoup de finesse. Qu’il est passionnant de lire ce roman qui se déploie sur plusieurs générations pour nous faire découvrir les liens qui unissent des membres d’une même famille ayant vécu à différentes époques. À certains égards, il y a des similitudes avec Ligne de faille de Nancy Huston.

Dans son récit, l’auteure fait un clin d’œil au poème Évangéline de Longfellow et à ses origines acadiennes. Ce troisième roman d’Annie-Claude Thériault figure parmi les dix ouvrages de la sélection du Grand Prix du livre de Montréal. Les finalistes seront annoncés le 19 octobre. (Marchand de feuilles, 2019). ♥♥♥♥½

À l’aube revenant, Francis Cabrel

«Les beaux moments sont trop courts», ainsi s’ouvre le nouvel album de Francis Cabrel À l’aube revenant, une œuvre très attendue depuis In Extremis paru en 2015. «Dehors une averse crépite sur les pavés gris de la cour, mais nos rêves sont sans limites, la jolie dame qui s’abrite porte à ses pendants d’oreille du soleil… du soleil», chante l’artiste à l’accent mélodieux.

Avec ce 14e album en carrière, il offre une œuvre personnelle qui aborde certains sujets de l’heure comme l’environnement, les changements climatiques, l’isolement social et bien sûr l’amour sous toutes ses formes, dont un hommage à son père avec la chanson Te ressembler. Une collection de treize nouvelles pièces qui se termine avec Ode à l’amour courtois. Naviguant entre les ballades, la nostalgie et les chansons plus rythmées et ensoleillées aux influences musicales diverses, dont le folk rock américain, l’auteur-compositeur-interprète est véritablement au sommet de son art avec cet opus réalisé avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité. Accompagné parfois par des chœurs, il n’est pas sans rappeler l’univers de Leonard Cohen.

Avec ce disque qui célèbre l’héritage des troubadours, on reconnaît le roi des ballades folk acoustiques et poétiques qui tient l’affiche depuis plus de 40 ans. Ce disque témoigne aussi de ses multiples facettes. On y retrouve la chanson Rockstars du moyen-âge dans laquelle il se risque à chanter en occitan (langue d’Oc du le sud de la France, la région natale de Francis Cabrel). Un de mes coups de cœur de cet album qui laisse présager encore bien des années de musique pour cette figure incontournable de la chanson française. ♥♥♥♥