L’encre rouge de la pandémie

La pandémie a de nouveau fait couler de l’encre rouge sur les livres de la province. Lors de sa dernière mise à jour en juin, le ministre des Finances Ernie Steeves projetait un déficit de 343 millions $ pour l’année en cours. En mars, quelques jours à peine avant l’entrée dans le confinement, le ministre déposait un budget prévoyant un surplus de 92 millions $.

Avec l’arrivée au pays d’une deuxième vague d’infections, les perspectives financières de la province se sont quelque peu assombries.
Supposons pour l’instant que la pandémie aura un impact financier d’un demi-milliard de dollars pour l’année en cours, ce qui implique un déficit d’environ 400 millions $.

Que penser d’un tel développement?

Pour une province qui ne compte pas davantage de résidents que la région de Québec et qui soutient déjà une dette totale (incluant les sociétés de la couronne) de près de 20 milliards $, il s’agit là certes d’un important contretemps.

Cela dit, il n’y a pas lieu, pour l’instant, de s’inquiéter outre mesure, car nous avons affaire avec ce que les économistes appellent un déficit «conjoncturel» et non pas «structurel».

La différence entre les deux est fondamentale. Contrairement à la situation qui prévalait jusqu’à il y a quelques années, le déficit actuel n’est pas causé par des revenus chroniquement inférieurs aux dépenses. Il résulte plutôt d’une contraction brutale, mais sans doute temporaire de l’activité économique.

L’économie provinciale a déjà repris du poil de la bête depuis la levée de la plupart des mesures de confinement mises en place ce printemps.
Bien que la conjoncture demeure incertaine, la situation fiscale de la province devrait s’améliorer considérablement dès 2021-2022, et ce, particulièrement si l’immigration revient à ses niveaux d’avant la crise.

Pendant les élections, les libéraux ont été ridiculisés par les autres partis pour avoir promis un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2023. C’était la preuve, selon eux, que le parti dirigé par Kevin Vickers ne saisissait pas la gravité de la crise actuelle.

Seul le temps nous dira qui avait raison. Ce qui est clair à ce stade-ci, c’est que personne n’est en mesure de porter un jugement éclairé sur cette question tant et aussi longtemps que nous ne saurons pas combien d’argent nous allons recevoir d’Ottawa.

Le Nouveau-Brunswick compte sur les transferts fédéraux pour près de 38% de ses revenus ordinaires. Ces transferts sont fort imprévisibles et peuvent entraîner des fluctuations brutales de la situation financière de la province.

C’est particulièrement le cas pour les paiements de péréquation. Pendant la première moitié de la dernière décennie, ceux-ci n’ont connu aucune croissance et la province a affiché des déficits colossaux.

Par contraste, au cours des dernières années, les transferts fédéraux ont affiché des bonds spectaculaires et la province a renoué avec l’encre noire.

L’importance des transferts fédéraux rappelle à son tour que le legs financier le plus inquiétant de la crise pour les Néo-Brunswickois se trouve à Ottawa, et non à Fredericton.

Une fois la poussière retombée, Ottawa aura probablement ajouté plus de 500 milliards $ à sa dette. Cet océan d’encre rouge n’augure rien de bon pour une province qui dépend de la générosité des Canadiens pour boucler son budget.

Au sortir de la crise, toutes les provinces se tourneront vers un gouvernement fédéral grandement appauvri pour remédier aux multiples failles dans leurs systèmes de santé, à commencer par les foyers de soins. Ottawa devra également faire face à une Terre-Neuve-et-Labrador en faillite et à une Alberta décimée par la crise.

Le Nouveau-Brunswick, avec sa population qui vieillit rapidement, devra faire la queue comme tout le monde.