Les Mi’kmaqs, l’arrêt Marshall et nous

Les Mi’kmaqs n’en sont pas à leur première lutte pour faire reconnaître leurs droits de pêche.

En 1981, des altercations entre les Mik’maqs de Listuguj et la Sûreté du Québec ont eu lieu durant la «Crise du saumon». En 1999, deux Mi’kmaqs du Cap-Breton furent arrêtés pour avoir pêché l’anguille hors-saison. L’un d’entre eux, Donald Marshall, s’est rendu en Cour suprême pour contester cette arrestation. La Cour reconnaîtra alors aux Mi’kmaqs des droits ancestraux de pêche dans le but d’assurer un «moyen de subsistance convenable».

Loin de clore l’enjeu, le jugement Marshall brouille les cartes. Que signifie la pêche visant une «subsistance convenable»?

À cette époque, plusieurs Autochtones ont pris les juges au mot et sont sortis pêcher, faisant fi des saisons de pêche énoncées par les autorités fédérales. Ce fut le cas à Burnt Church et à Yarmouth, où des conflits violents ont éclaté. La brèche ouverte par l’arrêt Marshall fut telle que quelques mois plus tard, la Cour suprême a senti le besoin de publier un rarissime addendum pour clarifier sa position – en vain. Les négociations entre les communautés autochtones et le gouvernement fédéral n’ont jamais abouti à une entente claire sur la pratique de ce droit de pêche ancestral.

Dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, on observe actuellement une dangereuse escalade des tensions entre les pêcheurs mi’kmaqs et non-autochtones. Les premiers revendiquent le droit de pêche issu des traités ancestraux. Les seconds revendiquent la fin de la pêche autochtone hors-saison, émettant des craintes sur la pérennité des stocks de homard et intimidant, en toute impunité semble-t-il, les pêcheurs autochtones. Le silence de la GRC depuis quelques jours est assourdissant, tout comme l’indifférence du reste du pays face aux violences impunies perpétrées envers les Autochtones.

Les Mi’kmaqs détiennent 11 permis de 50 casiers chacun, contre 979 permis de 375 à 400 casiers chacun pour les permis commerciaux. Si l’avenir de la ressource est réellement l’enjeu du conflit, permettons-nous de douter que la surpêche soit causée par les permis mi’kmaqs.

Tout le monde s’entend sur une chose: le fédéral doit enfin trouver un terrain d’entente avec les Mi’kmaqs pour mettre en œuvre l’arrêt Marshall. Mais certains membres de la communauté majoritaire, dont le député Chris d’Entremont, exigent que les pêcheurs blancs soient à la table des négociations, aux côtés des Autochtones et du fédéral.

Autrement dit, on demande que les droits de la minorité, reconnus par la Cour suprême, soient à nouveau assujettis aux volontés de la majorité. Imaginerait-on les parents francophones devoir négocier la mise en œuvre du droit à l’éducation en français selon la volonté des parents anglophones?

La communauté acadienne aime à rappeler les liens historiques entre elle et les Mi’kmaqs. La légende veut que l’amitié avec les Acadiens ait été l’exception à la colonisation autrement brutale par les Européens. Peut-être est-il temps de démontrer de quoi est faite cette amitié historique. Après tout, s’il y a un peuple dans les Maritimes qui devrait comprendre les revendications des Mi’kmaqs, n’est-ce pas la communauté acadienne?