Il était une fois… la pandémie

Comment les artistes expriment-ils cette crise que nous traversons tous? Voilà ce qu’explorent les auteurs du plus récent numéro de la revue Ancrages. Du côté musical, l’ensemble de musique ancienne Les Barocudas présente son nouvel album La peste.

Ancrages, No 24. ((libre))

Pour son numéro de fin d’été, la revue acadienne de création littéraire rassemble des textes écrits pendant le confinement. Il y a bien sûr la solitude, l’isolement, l’angoisse, mais aussi des œuvres pleines de lumière et de folies poétiques, comme le texte d’ouverture de Paul Bossé sur iNeedafix, le gaulois junky. On reconnaît bien l’imaginaire du poète de Moncton. Dans cette collection de 12 textes signés par des auteurs de l’Acadie et d’ailleurs, certains abordent clairement le confinement, tandis que d’autres l’effleurent seulement. Théâtre, poésie, récits et nouvelles se croisent dans ce numéro qui comprend aussi de superbes œuvres visuelles de François Gaudet.

Si la plupart des textes résonnent avec le contexte actuel, il reste que certains d’entre eux ont retenu particulièrement mon attention. #Symphonie confinée en si mineur## de l’auteure française Isabelle Larpent-Chadeyron décrit de manière saisissante une scène désertée par ses musiciens et l’immense silence et le vide qui s’en suivent. «Ils sont tous partis. Abandonnant pupitres et partitions. Taches de rouge sur le rideau de théâtre. Ils ont laissé quelques instruments: tubas, cymbales, xylophones.», ainsi s’ouvre ce texte magnifique. Il y a aussi le long récit Frontières de Henri-Dominique Paratte conçu comme le journal d’un homme que l’on devine être l’auteur. Que signifie réellement le proverbe «à quelque chose malheur est bon»? s’interroge le narrateur. Tout au long de son récit, on voit défiler le temps, l’actualité et le narrateur livre ses réflexions sur la vie, sur le monde qui l’entoure et sa ville d’Halifax.

En poésie, on retrouve notamment un texte court, mais percutant, Et si, de Rachel Bonbon, Loup de Joannie Thomas, Premier degré de Christian Roy ou encore le très touchant poème de Paul Ruban, Comment maquiller en enfant en temps de pandémie. David Décarie présente un extrait d’une pièce de théâtre Le joueur de croquet. Il nous propose le tableau de la La femme-montre qui se déroule dans un asile psychiatrique. Prise dans une longue camisole de force, le personnage tente d’exprimer ses émotions. La revue se conclut sur un texte poétique d’Isabel Zapata (traduction de Sonya Malaborza) qui célèbre de façon émouvante la force et la beauté des baleines. La revue Ancrages est publiée de façon numérique. ♥♥♥½

La peste, Les Barocudas

 

L’ensemble Les Barocudas viennent de lancer un nouvel album La peste. – Gracieuseté

Prémonition ou pressentiment? Les neuf pièces de ce nouvel opus du petit ensemble montréalais ont été composées par des compositeurs italiens et autrichiens du XVIIe siècle qui ont connu la peste: plusieurs en sont morts. Un voyage musical dans le temps à faire rêver même si ces œuvres ont été créées à une époque où la maladie a fait des ravages en Europe. Lumineuse avec des parts d’ombres, cette collection vous fera découvrir ou redécouvrir ce jeune trio de musiciens virtuoses (violon, viole de gambe et clavecin) reconnus pour ses prestations audacieuses.

Comme la violoniste Marie Nadeau-Tremblay explique en début de livret, quand ils ont commencé à penser à cet album, il n’imaginait pas que le monde serait plongé dans une telle crise sanitaire aujourd’hui. La conception du disque était commencée plusieurs mois avant le début de la pandémie. On dirait presque qu’ils avaient pressenti ce qui allait arriver. La violoniste ajoute que ces temps qui nous apparaissaient si lointains nous semblent beaucoup plus près aujourd’hui, bien que le contexte soit très différent. En lisant le livret, on ne peut s’empêcher de tisser des liens entre les deux époques. Des sonates qui évoquent la peur et la panique du début d’une épidémie, les médecines diverses, la douleur des séparations amoureuses, la mort, mais aussi un certain réconfort. Le disque se termine sur une œuvre de Johann Heinrich Schmelzer symbolisant la paix et la sérénité. Marie Nadeau-Tremblay qui s’est déjà produite au Festival international de musique baroque de Lamèque a été lauréate du prix du public et du premier prix du Concours de musique ancienne Mathieu-Duguay 2019. Nul besoin d’être un expert en musique ancienne pour apprécier ce premier album du jeune trio qui vient tout juste de paraître chez Atma Classique. ♥♥♥♥