Jean Baptiste Cope: chef mi’kmaq, personnage ambigu

En 1752, alors que les Mi’kmaqs, alliés des Français, sont à couteaux tirés avec les autorités de la Nouvelle-Écosse depuis des années, le chef de la petite communauté autochtone de Shubenacadie, Jean Baptiste Cope, va à contre-courant et négocie la paix avec le gouverneur. Par la suite, ses allégeances seront ambigües. Selon certains, il aura cependant réussi à modifier la politique du conquérant envers les siens.

Jean Baptiste Cope serait né vers 1698. Il figure dans le recensement de la région de Port-Royal effectué par un missionnaire en 1708. Il est l’aîné d’une famille de six enfants. Vivant à proximité des Acadiens, Jean Baptiste Cope apprend le français et est baptisé dans la religion catholique, comme bon nombre de Mi’kmaqs.

On croit généralement que le nom Cope était dérivé du nom «Kopit», signifiant castor. D’ailleurs, c’est tout probablement son nom qui est apposé sur un traité de paix et d’amitié conclu en 1725. Parmi les signatures, on peut lire celle de Jean Baptiste, suivi d’un dessin de totem en forme de castor.

Signature de Jean Baptiste Cope – sur le traité de paix de 1725

Plus tard, Cope se déplace plus à l’intérieur des terres et devient le chef de la communauté de Shubenacadie, maintenant connue sous le nom de Sipekne’katik (située entre Halifax et Truro) et prend le titre militaire de «major», le plus haut grade accordé par les Français à un autochtone. Pour le reste de sa vie, il sera connu auprès des Européens présents dans la région comme Major Cope.

On possède peu d’informations sur lui pour ce qui est des années 1730 et 1740.

Selon l’historien Geoffrey Plank, l’arrivée en 1749 d’Edward Cornwallis en tant que nouveau gouverneur de la Nouvelle-Écosse va fortement changer la politique des Britanniques envers les Mi’kmaqs vivant sur le territoire. Cornwallis va commencer à offrir des récompenses pour des scalps de Mi’kmaq, que ce soit des hommes, des femmes ou des enfants. L’objectif de Cornwallis était d’éradiquer la présence des autochtones dans la péninsule néo-écossaise, soit par la mort, soit par l’expulsion.

L’affaire Howe

Le nom de Jean Baptiste Cope a été mêlé dans une sordide histoire de guet-apens meurtrier.

En septembre 1750, les Britanniques réussissent à établir un poste militaire dans l’isthme de Chignectou, près du village acadien de Beaubassin incendié au printemps de la même année. Un Edward Howe est du nombre. Il s’agit d’un personnage important, puisque membre du conseil colonial.

Les troupes canado-françaises sont installées juste en face, sur la pointe Beauséjour. De part et d’autre, on tente d’établir des relations cordiales, la France et la Grande-Bretagne n’étant pas en guerre.

Les versions de l’incident ne s’entendent pas toutes, mais des représentants des deux camps se sont rencontrés, arborant des drapeaux blancs, près de la rivière Mésagouèche qui faisait office de frontière. Un officier français coiffé d’une perruque poudrée mène la «délégation» française. Edward How (ou Howe) s’approche. On lui tire dessus et il meurt quelques jours plus tard.

Le chevalier James Johnston a plus tard écrit un compte-rendu du drame. Il affirme que l’officier français n’était nul autre que Jean Sébastien Cope déguisé. Plusieurs historiens et récits historiques ont épousé cette version. L’historienne Micheline Johnson, professeure à l’Université de Sherbrooke, affirme cependant que le coupable était plutôt Étienne Bâtard, un guerrier mi’kmaq de la région de Miramichi.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas par les armes que le Major Cope fera sa renommée, mais pas la diplomatie.

Le chef mi’kmaq Jean Baptiste Cope.

Au début des années 1750, les autorités coloniales à Halifax lancent un appel aux Mi’kmaqs afin de conclure des traités de paix. Jean Baptiste Cope sera le seul à répondre à l’invitation. En septembre 1752, il se rend à Halifax pour négocier avec Peregrine Thomas Hopson, qui a succédé à Cornwallis à la tête de la colonie.

Une entente est conclue. Le traité reconnaissait celui conclu en 1725 et ratifié en 1726 par les nations de la Nouvelle-Écosse. On reconnaissait aux Mi’kmaqs sous l’autorité de Cope la liberté de chasser et de pêcher «de façon habituelle» et d’échanger leurs biens partout en Nouvelle-Écosse. Les autorités s’engageaient également à fournir à ces Mi’kmaqs une certaine quantité de pain, de farine, de couvertures, du tabac, de la poudre à fusil et autres provisions. Les Mi’kmaqs promettaient de leur côté de maintenir la paix et d’encourager d’autres communautés autochtones de conclure des traités similaires.

Une paix de courte durée.

L’année suivante, un groupe de soldats parti d’Halifax se fait capturer et tuer par des Mi’kmaqs. Quelques jours plus tôt, deux marins britanniques avaient tué sept Mi’kmaqs, dont trois femmes et deux enfants.

Un survivant parmi les soldats britanniques tués, un certain Casteel, va affirmer que Cope faisait partie des agresseurs. Mais même les autorités d’Halifax vont douter de son témoignage.

Toujours est-il que six mois après l’avoir signé, Cope aurait renié le traité. Malgré tout, et même s’il ne touchait que peu de Mi’kmaqs, l’historien Geoffrey Plank croit qu’il a marqué un tournant dans la politique britannique envers les autochtones. On ne visera plus désormais à expulser les Mi’mkaqs de la Nouvelle-Écosse.

Jean Baptiste Cope deviendra une figure importante dans la mémoire collective des Mi’kmaqs. Un monument en honneur du traité de 1752 a été érigé à Shubenacadie/Sipekne’katik.

Monument érigé dans la communauté de Shubenacadie/Sipekne’katik commémorant le traité de paix signé par Jean Baptiste Cope en 1752