Dans son encyclique sur la fraternité, François lance un appel pour que chaque personne ait des conditions de vie conformes à sa dignité. Le problème avec un tel écrit, c’est qu’après avoir été lu et commenté, il soit rangé soigneusement pour servir éventuellement de référence. Or, ce texte doit se transmuer en pratiques. Avant de «tabletter» l’encyclique, voici des réflexions personnelles sur la fraternité et ses implications chez nous.

Au départ de la fraternité, il y a les liens de sang entre les membres d’une famille. Or, ces liens avec les frères et sœurs ne sont pas toujours faciles; si vous n’avez pas fait l’expérience de relations familiales tendues, vous en avez sûrement entendu parler. Au commencement de la Bible, il y a la violence de Caïn à l’égard de Abel; à la fin, il y a la jalousie du fils aîné dans la parabole du fils prodigue. Et entre les deux: nombre d’histoires de liens de proximité complexes.

La fraternité s’apprend et se conjugue à diverses situations. Sans nécessairement chercher dans chaque membre de sa famille une âme sœur, il y a un seuil minimal d’harmonie qui rend la vie plus belle. Parfois, il faut faire le deuil de complicités familiales et consentir à des relations brisées. Mais ceci ne peut pas être un prétexte pour fermer la porte à double-tour. Tout peut changer: les situations, mais aussi les personnes!

La fraternité va au-delà du noyau familial. Dans plusieurs religions, on parle de frères et de sœurs puisque tous se reconnaissant comme les enfants d’un Dieu unique. Même sans appartenir à une tradition religieuse, nous sommes frères et sœurs les uns des autres en humanité. Notre terre est notre maison commune et nous sommes appelés à partager ses ressources.

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Autour de nous, des organismes sont des lieux des passage pour la fraternité. Je pense aux banques alimentaires, aux soupes populaires et aux friperies. Cette semaine, je suis allé Au Rayon d’Espoir pour visiter et encourager cette banque alimentaire où des paroissiens (de Pokemouche et d’Inkerman) trouvent plus que du pain et des chaussures. Dans cette ruche d’activités, employés et bénévoles préparent des boîtes de nourriture, trient des vêtements et réconfortent les bénéficiaires.

La communauté soutient cette œuvre. Des individus deviennent les prochains des plus vulnérables de la société. Des entreprises font leur part. Des épiceries remettent chaque jour des produits à la limite de la date de péremption. Certains agissent au nom de leur foi. Ils sont cette «Église qui sert, qui sort de chez elle, qui sort de ses sacristies, pour accompagner la vie». D’autres œuvrent par humanisme. Le pape n’hésite pas à relever un paradoxe: «ceux qui affirment ne pas croire peuvent accomplir la volonté de Dieu mieux que les croyants» (Fratelli Tutti, nos 270 et 74).

En cette période de pandémie, les demandes sont restées stables Au Rayon d’Espoir; cette année, près de 3000 personnes recevront une aide de dépannage (une fois par mois). Pour qu’une banque alimentaire réussisse un tel exploit (son territoire déborde les limites de la municipalité régionale de Tracadie), le directeur, M. Roger St-Pierre, et ses employés, «surveillent les spéciaux», misent sur le respect, voient à la confidentialité des demandes, etc.

Le jour de mon passage, le va-et-vient à la friperie était constant. Des gens masqués entraient et sortaient avec des vêtements pour l’hiver. Ils suscitent une attitude solidaire et attentive, celle de proximité du bon Samaritain de l’évangile. Comme celui-ci ne s’est pas limité à l’aide individuelle qu’il pouvait apporter (il a cherché un hôte), il y a aussi la nécessité à nous mobiliser et à nous retrouver dans un «nous» plus fort que la somme de nos petites individualités
(nos 78-79).

Quelques événements de la semaine…

Suivi les événements suite à la mort du professeur Samuel Paty. On a scandé haut et fort le droit à la liberté. On aurait pu aussi réclamer la fraternité. Parce que sur le fronton de son établissement scolaire (et de toutes les écoles de cette France laïque), la devise républicaine décline les fondements de la vie commune: Liberté, Égalité, Fraternité.

Trouvé juste et belle l’image du pape François qui parle de l’architecture et de l’artisanat de la paix (no 231). Les deux sont nécessaire. Dans l’architecture de la justice sociale interviennent les institutions de la société, chacune selon sa compétence. L’artisanat de la justice nous concerne tous: nourrir et habiller l’autre nous fait marcher un chemin sur lequel nous nous reconnaissons tous comme frères et sœurs.

Proposé une visite à la Friperie du Sacré-Cœur, ouverte par l’évêque de Bathurst au centre du ressourcement en pleine pandémie. Certes, c’est une aide pour les gens de la région Chaleur. Pour moi, cette friperie diocésaine a aussi une valeur de symbole pour dire la valeur des 65 lieux de dépannage et d’aide aux plus vulnérables dans notre province.

Reçu la lettre pastorale de Mgr Jodoin sur la foi (disponible sur diocesebathurst.com). Présentant la situation inédite des paroisses en temps de pandémie, il invite à redécouvrir la valeur de l’assemblée dominicale, la joie de l’évangélisation et l’identité chrétienne. La lettre est un bel écho de l’encyclique: «Plus une identité est profonde, solide et riche, plus elle tendra à enrichir les autres avec sa contribution spécifique» (no 282).

Le chef mi'kmaq Jean Baptiste Cope.
Jean Baptiste Cope: chef mi'kmaq, personnage ambigu