Le plus grand promoteur de boxe de la francophonie

J’ai appris avec tristesse le décès de Régis Lévesque.

Comme plusieurs, je le savais gravement malade. Ce printemps, il avait révélé à Réjean Tremblay, du Journal de Montréal, qu’il lui restait moins d’un an à vivre.

N’empêche que je n’aurais rien eu contre l’idée que cette saleté de cancer finisse par foutre la paix à celui que je considère comme le plus grand promoteur de boxe de la francophonie.

Il est réputé pour avoir rempli le Forum et le Centre Paul-Sauvé à plusieurs reprises en misant sur des rivalités locales. Les galas à saveur locale, c’était sa spécialité. Robert Cléroux, Eddie Melo, Donato Paduano, Fernand Marcotte et Alex Hilton ont été ses principales vaches à lait.

J’adorais vraiment tout du personnage. Son bagou était unique. Il était l’antonyme du mot ennuyeux. Ses envolées oratoires, qu’il poétisait à sa façon de jurons bien sentis, ont fait histoire.

Régis donnait toujours l’heure juste et de façon spectaculaire. Il donnait aussi l’impression d’être souvent en colère, ou encore trop intense, mais il ne mordait pas. Du moins rarement.

Pour ceux et celles qui ont dévoré quotidiennement 110%, une émission sportive de fin de soirée sur la chaîne TQS (aujourd’hui Noovo), vous conviendrez avec moi que ses passages avec Ti-Guy Émond, lui-même décédé l’an dernier, étaient toujours du bonbon.

Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de réaliser deux longues entrevues avec Régis Lévesque. Il fait partie d’un très grand nombre de gens à qui j’ai demandé de me confier leurs souvenirs au sujet d’Yvon Durelle.

Moi et mon grand ami Robert Richard, avec qui j’ai cosigné en 2008 une vingtaine de chroniques sur le boxeur de Baie-Sainte-Anne dans votre journal favori, avons accumulé au fil du temps plus de 100 heures d’entrevues avec près d’une centaine d’intervenants. Un bon jour, tout cela va finir par servir.

Je me souviens qu’il n’avait pas fallu beaucoup de temps à Régis Lévesque pour me convaincre qu’il vouait une admiration sans bornes à Yvon Durelle.

Et ce qu’il a dit d’Yvon dans son livre Mes 50 ans de promotion en province, publié en 2016 aux Éditions Tempête Blanche, Régis me l’avait déjà dit bien avant. Et même plus.

J’ai donc pensé que ce serait une bonne idée de réécouter ces deux entrevues et de vous livrer quelques passages afin que vous puissiez comprendre à votre tour quel genre de personnage était Régis Lévesque. J’ai cependant enlevé tous les sacres pour ne pas traumatiser les âmes sensibles. À un ou deux jurons par phrase, c’est beaucoup de mots qui ont été rayés.

Il faut d’abord que vous sachiez que c’est lui qui a sorti Yvon de sa retraite en février 1963, après une absence de près de trois ans.

Au total, Yvon livrera deux combats pour Régis. Le premier contre Cecil Gray, qu’il remportera par K.O. au septième engagement dans un Centre Paul-Sauvé plein à craquer. Quant au second duel, présenté un mois plus tard à Trois-Rivières, il triomphera par arrêt de l’arbitre de l’oubliable Terre-Neuvien Phonse LaSaga au premier assaut.

Si les deux victoires d’Yvon, de l’avis même de Régis, n’ont pas marqué l’histoire, il a prouvé que la popularité de l’Acadien en sol québécois était demeurée somme toute intacte.

«Les gens aimaient cet homme fort de Baie-Sainte-Anne. Yvon avait le don de toujours donner de bonnes entrevues aux journalistes. Avec lui, c’était facile de vendre un combat», m’avait raconté Régis Lévesque.

«Malheureusement, Yvon avait des problèmes avec ses jambes en 1963. Il pouvait encore frapper, mais ses jambes ne suivaient plus. Je me souviens qu’avant son combat contre LaSaga, il partait courir le matin en trottinant quelques pieds puis il marchait un long bout et il recommençait à courir pour un autre petit bout. C’est tout ce qu’il était capable de faire», s’est remémoré Régis.

Malgré tout, après ces deux combats, le coloré promoteur croyait toujours à la possibilité qu’Yvon retrouve sa forme d’antan. Il rêvait surtout d’organiser un match entre lui et Robert Cléroux.

«Au départ, mon plan était de donner trois ou quatre combats à Yvon pour qu’il retrouve sa forme des beaux jours. J’aurais tellement aimé organiser un combat entre ces deux-là. Je suis convaincu que j’aurais rempli le Forum les yeux fermés. C’était deux durs qui savaient encaisser. Ça aurait été un combat extraordinaire. Ça aurait été quelque chose d’encore plus gros que la trilogie entre Dave Hilton et Stéphane Ouellette. Ils s’en seraient mis plein les poches et il m’en aurait resté assez pour moi», m’avait confié le promoteur.

Malheureusement, Régis Lévesque n’a jamais pu organiser ce combat.

En fait, il faudra attendre au 15 août 1981 pour que ce match (hors-concours) ait lieu par l’entremise du promoteur Donald Plourde au vieux Forum d’Edmundston. Yvon avait alors 51 ans et Cléroux, qu’on surnommait le Bœuf de Chomedey, en avait 43.

Une autre grande qualité de Régis Lévesque était sa générosité. C’est grâce à lui si j’ai également pu recueillir les souvenirs de l’ancien arbitre de réputation mondiale Guy Jutras et de l’ancien boxeur Robert Cléroux.

Pour tout dire, Régis était tellement content que quelqu’un ait l’idée d’amasser des souvenirs sur son ami Yvon Durelle qu’il avait même pris la peine de me rappeler quelques minutes plus tard pour me refiler également les numéros de cellulaire des deux hommes.