Rendre service

Alors que s’ouvre le Salon du livre de Dieppe et qu’on parle de l’ouvrage du Mi’kmaq néo-écossais Daniel Paul, Ce n’étaient pas nous les sauvages, Radio-Canada Acadie s’attarde à la difficulté pour les six communautés malécites du Nouveau-Brunswick de défendre leur langue wolastoqey, en passe de disparaître pour de bon.

«Une langue qui disparaît, c’est une bibliothèque qui part en fumée» a dit quelqu’un. Je me souviens d’avoir évoqué ce sujet, ici-même, à mes tous débuts de chroniqueuse. Nous y revoilà! Mais cette fois, j’ai voulu pousser un peu plus loin ma réflexion, car je sais à quel point les langues autochtones sont menacées. Je suis donc allée chercher les chiffres.

Le dernier recensement canadien recense plus d’un million et demi d’autochtones au Canada (1 673 790 pour être exact), dont 260 555 disent parler leur langue. Si je calcule, cela représente un peu plus de 15% de la population. Statistiques Canada révèle que ce chiffre représente une augmentation de 3,1% par rapport à 2006, mais que la vaste majorité de ces personnes disent avoir appris leur langue comme langue seconde, pas comme langue maternelle.

Dans la région Atlantique, à ma connaissance, les seuls autochtones à parler couramment leur langue et, à la transmettre comme langue maternelle, sont les Innus. Leur affirmation linguistique a toujours été une source d’émerveillement pour moi, francophone en situation minoritaire, mais je crains bien qu’aujourd’hui ils soient, eux aussi, confrontés à l’assimilation.

Alors que nous avons eu à réfléchir, douloureusement, ces temps derniers sur notre relation d’Acadiens et Acadiennes avec les communautés autochtones, je rêve que nous pourrions «être de service» et offrir notre considérable expérience dans le domaine des luttes linguistiques. Nous avons développé tant d’outils: le concept du «par et pour», nos initiatives jeunesse, nos programmes de refrancisation. Ne serait-il pas constructif et réconfortant de les mettre aujourd’hui entre les mains de ceux et celles qui en ont tant besoin?