Come Play: boiteuse métaphore sur le danger des écrans

Plusieurs parents craignent ce qu’on appelle communément les écrans (cellulaires et tablettes électroniques). En plus du danger de dépendance relié à l’utilisation de ces gadgets, ils s’inquiètent du contenu auquel sont exposés leurs petits. Le film Come Play (en salle depuis le 30 octobre) est une métaphore plus ou moins réussie sur le sujet.

Oliver (Azhy Robertson) est un enfant autiste d’environ 10 ans qui peine à se faire des amis.

Muet, le petit communique avec son entourage à l’aide d’une application sur ses appareils électroniques.

La condition du garçon est un lourd fardeau pour ses parents, Sarah (Gillian Jacobs) et Marty (John Gallagher Jr), tellement que le père décide de quitter le nid familial.

Un soir, Oliver découvre que son téléphone lui propose un conte portant sur un monstre nommé Larry qui se cherche un ami.

Alors que le garçon commence à lire l’histoire, les lumières de sa chambre s’éteignent une à une, sans raison apparente.

Il entend aussi de drôle de bruits…

Petit à petit, les phénomènes du genre se multiplient dans la demeure d’Oliver. Tellement qu’une soirée pyjama organisée par Sarah tourne mal et un enfant est blessé.

La famille d’Oliver réalisera alors que Larry existe réellement et que les écrans constituent pour lui une porte sur le monde réel.

Sarah et Marty feront alors tout en leur pouvoir pour empêcher que Larry prenne Oliver et l’entraîne dans son monde à lui…

Une métaphore peu subtile

Nul besoin d’avoir un doctorat en symbolisme pour comprendre que, dans Come Play, Larry représente le dangereux contenu des écrans.
Jusque là, ça va. À défaut d’être subtile, la métaphore a le mérite d’être nouvelle.

Le scénariste et réalisateur Jacob Chase (qui signe ici un premier long métrage, adapté d’un court film intitulé Larry qu’il a lui-même tourné il y a trois ans) s’enfonce toutefois dans la surexplication quand, vers la fin, Larry démystifie son existence.

En gros, le monstre raconte qu’il est né de la solitude de tous ces gens qui se détachent du contact humain et étant dépendants de leurs écrans. Et qu’il se cherche un ami.

Une précision aussi inutile que ridicule qui, en plus, tente d’ancrer dans le réel une créature qui ne l’est absolument pas (qui se couche le soir en espérant que le monstre qui habite sa tablette ne vienne pas le visiter pendant la nuit?).

Peu terrifiant

Malgré tous les efforts de Chase, il est difficile de prendre Larry au sérieux.

On le voit en effet très peu dans les 75 premières minutes. Outre faire clignoter des lumières, la bête ne réussit pas à nous convaincre de la menace qu’elle constitue.

Avouez qu’il est difficile d’angoisser quand on ne sait pas trop en quoi le monstre est dangereux…

Dans une scène qui rappelle un peu E.T. (1983) et Super 8 (2011) Chase tente même d’humaniser Larry en expliquant les motivations qui le poussent à torturer psychologiquement la famille d’Oliver. Une tentative qui rate totalement sa cible.

Ajouter à cela une créature dont le son des mouvement ressemble à celui d’une bouteille en plastique qu’on écrase et vous avez un film d’horreur qui, malgré quelques belles réalisations techniques, ne fait à peu près pas peur.

Le film est aussi dépourvu de cette ambiance particulière si cruciale aux meilleurs films d’épouvante. Nous devrions en effet être constamment sur nos gardes, en attente de la prochaine frousse. Mais ce n’est pas le cas.

Ceci est notamment dû au fait que Chase tente d’exploiter trop d’idées dans son film, ce qui en brise beaucoup le rythme.

Au lieu de constamment nous préparer à la prochaine apparition de Larry, le réalisateur développe sur les difficultés de socialisation des enfants autistes, sur l’intimidation dont ils sont victimes et sur le fait que tout ça peut avoir un impact sur la vie de couple des parents.

C’est noble de la part de Chase d’apporter ces problématiques à notre attention. Mais est-ce qu’un film d’horreur est le véhicule adéquat pour traiter de ces questions?

Personnellement, j’aurais préféré un film bien développé sur l’autisme et un autre où la question des écrans hantés aurait été beaucoup mieux circonscrite.

Solide Robertson

Heureusement, tout n’est pas mauvais avec Come Play. Azhy Robertson offre une prestation exceptionnelle dans le rôle très difficile d’un jeune autiste.

Ceux qui ont vu le garçon dans la série The Plot Against America (2020) et, surtout, Marriage Story (2019) savent que Robertson est voué à un magnifique avenir.

Il le prouve à nouveau avec une performance tout en subtilité entièrement basée sur le non verbal.

Un nom à retenir et probablement la seule véritable bonne raison de voir Come Play, un film dont le scénario aurait eu intérêt à être beaucoup plus fignolé.

(3 étoiles sur 5)