Je me souviens

En cette semaine du jour du Souvenir, permettez-moi d’ajouter mon témoignage à ceux de tant d’entre vous qui avez parlé, évoqué, partagé, l’histoire, les photos, les hauts faits des membres de votre famille qui se sont distingués durant les guerres et conflits de notre époque.

Chez moi, à Saint-Pierre et Miquelon, des deux côtés de ma famille, on était gaullistes de la première heure. On ne le sait pas assez, mais les hommes de notre archipel ont été parmi les premiers à «rallier» De Gaulle à Londres, via Terre-Neuve, qui était à l’époque Dominion de la Grande-Bretagne. Dans la liste prestigieuse des Compagnons de la Libération, on compte même un Constant Colmay, natif de Saint-Pierre.

Mes parents étaient trop jeunes pour s’engager dès la première heure, il leur fallut attendre l’arrivée des Forces Françaises Libres à Saint-Pierre, le 24 décembre 1941 et, bien sûr, leur majorité.

Ma mère, Alice Bonin, fait ainsi partie des 57 femmes de l’archipel engagées dans les Forces Navales Françaises Libres. Pour une simple histoire de date de naissance – juin au lieu de février pour ma mère – mon père, Jean Reux, dut se contenter du titre d’engagé volontaire.

Tous deux prirent alors la direction des États-Unis. Ma mère et bien d’autres jeunes filles de Saint-Pierre et Miquelon se rendirent à Washington pour travailler «au chiffre», c’est-à-dire dans le codage et décodage des messages secrets. Mon père prit la direction de Norfolk pour être formé comme mitrailleur sur les avions de guerre, avant de se rendre en Afrique du Nord pour la toute fin de la Seconde Guerre.

Ils en revinrent sains et saufs, remplis d’une grande fierté d’avoir, volontairement et modestement, fait leur part pour gagner la guerre, avec la satisfaction d’avoir été du bon côté de l’Histoire et pénétrés d’un sens aigu du devoir et du service. Comme des millions d’autres personnes qui méritent aujourd’hui tout notre respect.