Vous avez profité de l’été de la Saint-Martin? C’est ainsi qu’on désigne l’été indien en Europe. Il est arrivé pile cette année: le 11 novembre, jour de la fête de Martin dont la tradition a retenu qu’il avait partagé sa chape avec un pauvre transi de froid. Il faisait si beau chez vous mercredi pour partager du temps avec des amis… dehors!

Ce jour-là, j’ai rejoint un ami pour prendre de ses nouvelles. Nous avons convenu que nous irions marcher ensemble. C’est tellement plus agréable de causer en marchant. Si les nouvelles sont bonnes, ça donne de l’entrain. Si elles sont mauvaises, le fait de marcher les rend plus supportables. Juste de mettre un pied devant l’autre a un impact sur le psychisme: on avance en dépit de tout et malgré tout.

Où va-t-on marcher? Sur le bord de la mer? Je connais des endroits superbes. Je suis un habitué des dunes de sable de Maisonnette et de Val-Comeau. Le panorama de la mer ouvre les horizons; ça élargit nos perspectives. C’est thérapeutique de marcher en respirant l’air salin, avec les vagues qui se renouvellent constamment.

Ce jour-là pourtant, la mer ne m’attirait pas. J’avais besoin de la forêt. Ce n’est pas des vagues et de ses galets dont j’avais besoin comme compagnons, mais des arbres et de leurs épines. J’avais besoin de végétal, de racines. De marcher sur une terre solide et de râper mes mains sur l’écorce. Il y a une telle différence entre une marche sur la plage et en forêt.

En forêt, les arbres nous parlent. Un léger souffle de vent fait frémir les feuilles. Lorsqu’il souffle fort, ce sont les branches qui se contorsionnent en se touchant les unes aux autres; elles craquent, elles cassent parfois. On trouve la paix en forêt. Même dans le bruit. Qui croit encore que la paix rime avec la tranquillité? On trouve aussi la sérénité et des éclats de sens. Ça sort de terre, ça jaillit des profondeurs et ça monte.

Même sans bouger, ils parlent fort les arbres. Ils font résonner la valeur de la vie secrète qui circule à l’intérieur. Ils nous invitent à prendre racine. C’est en novembre que les arbres nous font deviner leurs attaches solides: en regardant leurs branches dégarnies, on imagine leurs racines. En contemplant la charpente, on voit la fondation.

Leur dépouillement appelle le nôtre. Alors que tombent leurs atours, ils restent avec l’essentiel. Comme dans notre vie collective et personnelle. Nous devons parfois consentir à perdre ce qu’on croyait essentiel. Et le miracle se produit: nous sommes allégés pour avancer plus librement.

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Il faisait si beau cette semaine que certains ont marché pieds nus dans la mer. Les plus braves sont même allés plus loin. C’est tentant de se baigner, de sentir son corps immergé dans un élément naturel qui enveloppe toutes les parties de son être. Je n’ai pas eu le courage de plonger dans la mer. Mais je l’ai fait en forêt. Je me suis souvenu d’une connaissance qui m’avait dit suivre des cours pour l’accréditation du titre de sylvothérapeute, spécialiste en bain de forêt. J’avais été surpris. Intrigué.

En faisant ma petite recherche sur les bains de forêt, j’ai appris à quel point la méthode était répandue au Japon (shinrin-yoku) et dans les pays asiatiques. Elle est arrivée au Canada par la côte ouest. Et de Vancouver, elle s’est répandue d’un océan à l’autre.

Pas besoin de parcourir des kilomètres ni de payer une fortune pour s’immerger dans la forêt. Chez nous, cela est accessible à tous. Même sans guide, il est possible de retirer les bienfaits de cette expérience. Oubliez le cliché qu’il faut se mettre à embrasser les arbres.

Il suffit d’aller en forêt. De marcher lentement et de se reposer. Être attentif à ce qui entre par nos sens: les odeurs des résines et de terre, les chants des oiseaux, les teintes de vert, la rugosité des écorces, etc. C’est une médecine préventive qui nous libère du stress. L’environnement végétal est une salle d’apaisement qui a fait ses preuves.

Plusieurs pratiquent déjà cet art… sans le savoir. Pas besoin d’aller au Japon ou au bout du monde: allez dehors! Allez sur la véloroute qui se fraie un chemin en forêt! Allez sur ce petit sentier derrière chez vous. Allez-y! Vous ne verrez plus novembre de la même façon. Même le confinement devient plus facile!

On en ressort renouvelés. À force de fréquenter la forêt, on devient comme «des arbres qui marchent» (Mc 8, 24): enracinés et tendus vers le ciel. En se mettant à l’école de la nature, nos vies sont façonnées par l’essentiel. On peut ainsi comprendre la sagesse des maîtres: «un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse».

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