Une démocratie défaillante

Encore une fois, la démocratie représentative américaine a été mise à rude épreuve lors des dernières élections présidentielles. Quels sont les démons qui minent le système électoral du plus puissant pays de la planète? Pourquoi les États-Unis peuvent être comparés à des états voyous peu soucieux du respect des règles élémentaires concernant un processus électoral fondé sur le principe une personne un vote?

Les États-Unis se démarquent défavorablement du Canada dans la gestion de son système électoral. Il n’y a pas chez nos voisins du Sud un organisme indépendant comme Élection Canada qui est responsable du bon déroulement de celles-ci. Il n’y a pas aux États-Unis une liste permanente des électeurs. C’est la responsabilité de ceux-ci de s’inscrire sur les listes électorales qui sont gérées par les États. Ils doivent indiquer lors du processus d’inscription s’ils souhaitent être affiliés au parti démocrate, républicain ou encore comme indépendant.

Le découpage des cartes électorales est également des plus partisans. Le gerrymandering qui consiste à toutes fins utiles aux politiciens la possibilité de choisir leurs électeurs au lieu des électeurs d’élire leurs représentants, a été validé par la Cour suprême des États-Unis. Les républicains, qui contrôlent depuis des décennies plusieurs chambres de représentants au niveau des États, se sont employés à inclure dans leurs circonscriptions les électeurs susceptibles de voter pour leurs candidats.

Les décisions de la Cour suprême des États-Unis font en sorte que les candidats aux élections peuvent dépenser des sommes considérables d’argent qui ne sont pas plafonnées comme au Canada. C’est la même chose pour le financement des campagnes électorales où des Super PAC peuvent recueillir de manière anonyme des centaines de millions de dollars pour appuyer ou s’opposer à certains candidats.

Lorsqu’il s’agit d’élire le président des États-Unis, le principe une personne un vote n’est pas respecté en raison de la présence d’un collège électoral qui donne aux petits États majoritairement blanc un vote prépondérant. Ce système a permis par le passé au parti républicain de faire élire son candidat à la présidence même si celui-ci a obtenu moins de votes que son rival démocrate. C’est ce qui s’est produit aux élections de 2000 et de 2016 où Al Gore et ensuite Hilary Clinton ont été privés de la victoire même s’ils avaient obtenu plus de votes que le candidat républicain.

Il n’y a pas aux États-Unis une loi fédérale qui encadre le processus électoral. Les élections pour la présidence, les membres de la Chambre de représentants et du Sénat se font selon les différentes lois des États. À l’intérieur de chaque État, la gestion du vote est décentralisée au niveau des comtés. Par exemple, en Floride, chaque comté peut avoir des machines à voter différentes. Lors des élections présidentielles controversées de 2000, comme par un heureux hasard, les machines à voter des comtés ayant une forte minorité noire ont été défectueuses!

Ce n’est pas demain la veille que nos voisins américains vont moderniser et démocratiser leurs institutions politiques qui contribuent au climat corrosif qui sévit dans ce pays.