Discours du Trône: Gouverner pour tous les Néo-Brunswickois?

En septembre dernier, nous observions, au terme de la campagne électorale, que la province était plus divisée que jamais entre nord et sud, entre francophones et anglophones. Prenant acte de ce fait, le premier ministre Blaine Higgs avait alors annoncé dans son discours de victoire qu’il avait l’intention de «gouverner pour tous les Néo-Brunswickois» – y compris pour ceux qui avaient rejeté son parti.

Le discours du Trône de mardi était à cet effet un premier test. Bien qu’on y trouve de quoi tenir cette promesse à certains égards, d’autres passages du discours sont inquiétants.

On doit saluer l’annonce du gouvernement de favoriser l’immigration francophone et de rencontrer un taux de 33% de nouveaux arrivants maîtrisant la langue de Champlain d’ici 2024. Cette cible (qui aurait déjà dû être atteinte, en vertu du Plan d’action 2014-2017) est certainement louable. Toutefois, la pandémie a considérablement ralenti l’afflux de nouveaux arrivants au Canada.

Cela signifie qu’en chiffres réels, même si le gouvernement atteint sa cible, on ne verra pas le nombre de francophones prenant résidence au Nouveau-Brunswick augmenter de façon fulgurante. On note aussi la promesse d’améliorer l’apprentissage des deux langues officielles dans les écoles de la province, ce qui ne pourrait que participer à calmer les tensions entre les deux communautés linguistiques.

En revanche, la réforme de la gouvernance locale sera un dossier à surveiller. Cette réforme pourrait habiliter les régions rurales francophones ou se faire à leur détriment. Le discours du Trône n’offre aucune assurance que les besoins particuliers des francophones y seront pris en compte. On peut aussi s’inquiéter de l’optimisation des ressources du système de santé annoncée, suite à la réforme avortée des services d’urgence en milieu rural de l’hiver dernier. Il s’agira là d’un autre domaine névralgique pour les régions.

Enfin, malgré le statut désormais majoritaire du gouvernement, le flirt du PPC avec le PANB semble se poursuivre dans le domaine des langues officielles. Le gouvernement annonce dans un premier temps qu’il entamera une révision de la Loi sur les langues officielles sans donner plus de détails sur la direction qu’il entend donner à ce processus, ce qui est inquiétant compte tenu du retard déjà accusé dans ce dossier.

Pas non plus d’indice comme quoi un Comité permanent des langues officielles – qui aurait été le forum parfait pour lancer les consultations sur ladite révision – serait créé, au désespoir de la SANB.

Presque du même souffle, le gouvernement poursuit que la province ne peut pas «se permettre de perdre des personnes talentueuses qui sont, dans bien des cas, hautement spécialisées. Le gouvernement entretiendra un dialogue [sur] les obstacles existants et les solutions envisageables à l’égard des compétences linguistiques».

Difficile de voir, dans ce passage, autre chose qu’une intention de répondre aux demandes de révision des exigences linguistiques émanant du parti de Kris Austin, et un affront à l’égalité des services aux francophones de la province.

Autrement dit, promesse faite, mais seulement à moitié tenue. Les francophones ne pourront pas dormir sur leurs deux oreilles.