Témoigner

J’ai vu, cette semaine, le film de Renée Blanchar, Le Silence. J’en redoutais le visionnement parce que je savais, par expérience, ce que j’y trouverai: l’horreur de jeunes garçons violés par les prêtres censés les guider et les protéger. À Terre-Neuve, comme partout où le clergé était révéré et craint, l’innommable a été étalé au grand jour vers la fin des années 80, alors que je commençais ma carrière de journaliste.

J’ai ainsi suivi, entre autres, les horreurs commises par le père Jim Hickey, puis plus de dix ans plus tard par le prêtre Des McGrath. Le premier écopa de 5 ans de prison, l’autre se suicida plutôt que de faire face à ses crimes. Dans les deux cas, la façon d’opérer était identique à celle des curés acadiens ou à celle des Christian Brothers de l’orphelinat Mount-Cashel: une domination totale.

Ce qui a fasciné la cinéaste et, dans mon cas, la journaliste, c’est le silence lourd et assourdissant qui est tombé, étouffant les victimes et déchirant nos communautés. Renée Blanchar a eu le courage de se mettre au cœur de son film et c’était la chose à faire parce que nous devons tous nous interroger: sur ce que nous n’avons pas deviné, sur ce que nous n’avons pas dit devant les commentaires méprisants à l’endroit des victimes, sur ce que collectivement nous aurions pu faire. Sur le silence coupable de nos institutions gouvernementales et policières, aussi.

Allez voir Le Silence. C’est le moins que vous puissiez faire! Pour écouter, entendre, comprendre et devenir ainsi des témoins. Malgré la douleur, ce film est lumineux. Les victimes d’alors sont devenues des héros plus grands que nature qui, tout en vous partageant leurs souffrances, vous montreront, de manière magistrale, ce que la nature humaine peut avoir de grand quand elle réagit au pire.