Pourquoi les personnes essentielles sont-elles mal payées?

Il y a un an, les premiers cas de personnes contaminées par la COVID-19 faisaient leur apparition en Chine, puis au cours des mois suivants dans le monde entier. Depuis, des périodes de confinement-déconfinement se succèdent, certains travaillent à domicile, mais, surtout, d’autres personnes dont les activités ont été jugées essentielles, ont continué et continuent encore à sortir pour aider la population et faciliter notre quotidien.

Ces emplois essentiels sont de deux grandes catégories: les services logistiques, d’entretien et de distribution (ramassage des déchets, livraison, épiceries…) et les services d’aide (soins, santé…).

Bien que jugés indispensables au fonctionnement de la vie en société, ces métiers aux tâches diverses ont comme points communs leur faible niveau de rémunération, la pénibilité des missions, leurs conditions de travail difficilement conciliables avec une vie privée (horaires atypiques, peu de jours fériés) et aussi parfois la précarité de leur statut (contrat à durée déterminée…). Alors, pourquoi ces activités et professions sont-elles si mal payées?

Cette situation s’explique, tout d’abord, par les développements technologiques des 20 dernières années qui ont permis la création d’emplois à haut niveau de qualification, mais qui ont aussi entraîné une disparition d’emplois intermédiaires aux missions répétitives. Ce phénomène a donc entraîné de grandes disparités avec des emplois très bien rémunérés d’un côté et des emplois à faible revenu de l’autre.

De plus, dans notre conception économique actuelle, l’importance d’un emploi se fonde sur le niveau de rémunération et les gains de productivité qu’il suscite et non sur la qualification des personnes ou leur rendement. La vision est exclusivement financière.

Les services aux personnes sont donc jugés improductifs, puisqu’incapables de réaliser un gain financier. Avec une telle perception, on ignore alors l’utilité sociale de ces métiers pour le bien-être et le bon fonctionnement collectifs. C’est pour cela que, depuis de nombreuses années, ces secteurs d’activité voient leurs conditions de travail se dégrader, leurs ressources (humaines et financières) se réduire puisque considérés comme trop coûteux.

À cela s’ajoute aussi le fait que certains de ces emplois sont hautement féminisés ou occupés par des individus issus de l’immigration, autrement dit, par des catégories de personnes qui sont déjà discriminées sur le marché du travail.

En somme, deux catégories de travailleurs se sont créées. Nous avons les emplois jugés hautement qualifiés, bénéficiant d’une rémunération élevée, d’avantages sociaux attrayants, de bonnes conditions de travail, allant jusqu’à leur permettre de travailler à domicile, et donc de faciliter leur productivité. D’un autre côté se trouvent les emplois dans les services aux autres, qui sont dévalorisés, surexposés aux risques et soumis à une volonté perpétuelle d’en réduire les coûts.

La crise sanitaire a eu pour effet positif de relégitimer certaines personnes, qui, d’ordinaire invisibles, ont été reconnues du jour au lendemain comme essentielles. Mais au-delà des applaudissements que nous leur avons accordés durant le confinement et au-delà de notre admiration, à quand une vraie reconnaissance et revalorisation de ces emplois indispensables?