Au temps du virus

J’ai parlé au Père Noël. Il ne passera peut-être pas cette année si les mesures de confinement perdurent pendant la période critique du pitchage de cadeaux par les cheminées. Il fait dire de ramoner vos cheminées quand même, on sait jamais. Mais ne faites pas lire cette chronique à votre enfant de 5 ans, ça pourrait le traumatiser!

Évidemment, il y a toujours moyen de moyenner: papa peut se déguiser en gros bonhomme rouge pour l’occasion et maman se lèvera la nuit pour grignoter un morceau du biscuit que fiston a laissé sous le sapin au visiteur du pôle nord. Mais: chuttt. Faut pas le dire!

À Edmundston, c’est comme ça que ça se passait dans mon temps à l’orphelinat. Le Père Noël venait nous visiter chaque année, mais ce n’était pas le vrai. La première année, ignorant cette imposture, ça m’avait bien surpris que le Père Noël sache mon nom! Le fait que c’était l’aumônier de l’orphelinat qui lui tendait le cadeau que le gros bonhomme rouge m’offrait n’y était pour rien, bien entendu…

Mais une autre année, le Père Noël, en se levant, a perdu le gros coussin vert qui lui servait de bedon, ses culottes sont tombées, et toute ma fantasmagorie de Noël a pris le bord. C’était donc ça, le mystère de Noël: un coussin vert!

La chute émotionnelle fut rude et instantanée. Mais le gros sac de bonbons collants qu’il avait remis à chacun m’a vite fait oublier la tragédie!

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Cette histoire de confinement me rend de plus en plus confus! À force d’écouter les nouvelles de la planète, en particulier celles de la France, des États-Unis, du Canada, du Québec et du Niou-Brunswick, j’en viens à ne plus savoir ce qui est ouvert, ce qui est fermé, et où, et à quelle heure, et pour combien de temps.

En France, ils ont un couvre-feu, à Montréal on est en zone rouge. Pour aller deux jours à Edmundston, il faut prévoir deux semaines à l’hôtel. Ailleurs, certains peuvent aller au resto, d’autres non. Des écoles sont fermées, d’autres ouvertes. Les frontières aériennes sont-elles ouvertes ou fermées? Et si elles sont ouvertes, c’est pour aller où, vu que tout est fermé, partout, apparemment?

On ne parle plus beaucoup, il me semble, des personnes âgées qui tombent comme des mouches, dans la solitude, pour ne pas dire l’abandon. On les enterrera au printemps, ou à l’été. Le mozusse de virus offre les plus beaux prétextes pour ne pas regarder la mort en face.

Quand on sait qu’aux États-Unis, on en est à une moyenne de 1500 morts par jour, on ne peut plus se cacher la réalité: la situation est gravissime et si elle touche les États-Unis plus durement qu’ailleurs, elle n’en est pas moins aussi menaçante pour nous tous.

Mon souhait pour l’an prochain: un été long, un été chaud, un été sans virus, sans confinement, sans masque, sans stress et sans peur.

Vivement la chemise hawaïenne!

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Cela dit, on a quand même eu deux bonnes nouvelles cette semaine.

La première: on a appris que le bonhomme Trump, même s’il ne veut rien concéder, a définitivement été battu par son rival, Joe Biden. Bon débarras! Dommage qu’il reste en poste jusqu’au 20 janvier prochain.

Certes, même si la transition est officiellement enclenchée, Trump aura le temps de multiplier les embûches pour s’assurer que son successeur commence son mandat (qui sera difficile) dans une position de faiblesse. Le narcissisme du bonhomme Trump a décidément atteint une phase pathologique!

Mais, quoi qu’il en soit, ce n’est pas sans quelques petits «hourra!» intimes que j’accueille la nouvelle, chaque fois qu’il est débouté en cour au sujet des prétendues fraudes électorales dont il aurait été la victime!

Hier, je l’ai vu à la télé en train d’accorder un pardon présidentiel à une dinde, dans les jardins de la Maison-Blanche. J’attends fébrilement le moment où c’est à lui-même qu’il accordera un pardon! C’est là qu’on verra si les Américains sont aussi capotés que lui…

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La deuxième bonne nouvelle: les vaccins. On serait rendu à trois vaccins susceptibles d’endiguer, si ce n’est éradiquer, ce mozusse de virus.

La question est maintenant de savoir quand ils seront disponibles, quand la vaccination commencera et dans quel ordre ils seront donnés à la population.

Hier, le premier ministre Trudeau n’a pas su apporter un éclairage pertinent à ce sujet. On ne lui en veut pas, car il a au moins l’honnêteté de reconnaître qu’il n’a pas en main toutes les infos nécessaires pour nous donner une réponse claire.

Mais si l’on se fie aux cafouillages qui ont marqué le début de la lutte contre la pandémie, on peut d’ores et déjà prévoir que cette vaccination à grande échelle ne se fera pas en criant: ciseau! Ou plutôt, en criant: piqûre!

Attendons-nous à voir des files de monde faisant la queue pour obtenir cette protection tant attendue. Et comme l’époque n’est plus à la solidarité mais à l’individualisme dans sa version la plus égoïste, attendons-nous à ce que ça bouscule un peu dans les files d’attente, histoire d’être parmi les premiers bénéficiaires. Un peu comme lors des soldes du lendemain de Noël où certains sont prêts à piétiner tout le monde pour être les premiers à mettre la main sur un nouveau gadget inutile.

Sauf que, pour une fois, ce serait pour une bonne cause.

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Cette configuration très particulière d’événements à la fois locaux et mondiaux, au moment où on a l’impression que la planète est en mode slow motion, ne prédispose pas tellement à se mettre dans l’esprit des Fêtes.

C’est triste, car nous en avons besoin de ces moments de réjouissances, de retrouvailles, de boustifailles collectives. La fête est nécessaire: elle allège le poids du quotidien, le poids des ans, le poids de la vie qui s’alourdit avec le temps.

Mais il reste un mois avant Noël. À nous de faire preuve d’imagination pour avoir un Noël de joie partagée, malgré tout, au temps du mozusse de virus.

Han, Madame?