Les conquêtes des Aigles Bleus de Jean Perron sont l’exploit ultime

Ceux et celles qui doutaient encore de l’impact qu’ont eu les Aigles Bleus de l’Université de Moncton en remportant leurs deux championnats canadiens universitaires consécutifs en 1981 et 1982 ont maintenant leur réponse.

Avec une facilité déconcertante, les hockeyeurs du mythique entraîneur-chef Jean Perron ont vu leur exploit être consacré le plus important parmi tous ceux réalisés par nos équipes sportives dans l’histoire du Nouveau-Brunswick.

Je vous rappelle que les Aigles Bleus sont devenus la première université francophone à remporter le championnat canadien de hockey masculin, mais aussi la première équipe des provinces de l’Atlantique à réussir l’exploit. Ce n’est pas rien.

Bien que le tout n’avait rien de scientifique, le Bleu et Or est apparu sur 53 des 67 bulletins de vote d’un concours offert sur ma plate-forme Facebook au cours de la dernière semaine.

Ce concours suivait ceux impliquant les plus grands exploits sportifs individuels chez les hommes et chez les femmes, qui ont couronné le kick-boxeur Jean-Yves Thériault et la coureuse Patty Blanchard.

En ce qui concerne les équipes, les Aigles Bleus ont obtenu 33 votes de première place, 16 de deuxième position et quatre autres de troisième rang pour un total de 217 points. À noter que cinq points étaient donnés pour une première place, trois pour une deuxième position et un pour le troisième échelon.

Voici d’ailleurs ce que les votants avaient à dire au sujet de cette grande équipe.

«Les Aigles Bleus de Jean Perron ont mis l’U de M sur la mappemonde avec leurs deux championnats canadiens de suite», soutient Pierre Gallien.

«Le timing de ces victoires a fait plus que bien des gestes politiques pour faire avancer l’Acadie. On pouvait quasiment palper la fierté!», explique Michel Doucet.

«J’ai assisté au deuxième championnat lors de ma première année à l’U de M et je n’ai jamais vu une équipe aussi spectaculaire», confie Clifford Robichaud.

«Deux importantes victoires pour l’U de M, les Acadiens, la Ville de Moncton et tout le Nouveau-Brunswick», clame Euclide Gautreau.

«Les Aigles Bleus ont su surmonter des obstacles importants pour se rendre là. Des partisans anglophones hostiles, des joueurs anglophones hostiles et même des arbitres anglophones hostiles ont été autant d’embûches que l’équipe a su surmonter. À l’époque, vaincre des clubs comme les Huskies de Saint Mary’s du coach Bob Boucher, les Tigers de Dalhousie et les X-Men de St. Francis Xavier était déjà remarquable. Ce que je retiens aussi du premier championnat, c’est le sentiment de fierté que les Acadiens ont ressenti. C’était énorme. Je le sais parce que je faisais la description des matchs à la radio et le retour, à l’aéroport de Moncton, s’est fait avec les cris des gens venus les accueillir. Même les médias anglophones de la province n’ont pas manqué de souligner cette réussite et en ont retenu eux-mêmes une certaine fierté», raconte Jean-Philippe Peretti.

«Les Aigles Bleus ont placé l’U de M au sommet des universités canadiennes et ceci avec un petit bassin d’étudiants Ils ont de plus fait monter d’un cran la fierté de tout un peuple, en plus de permettre à deux entités, l’Acadie et le Québec, d’unir leurs forces», mentionne Gilles Cormier.

«En mars 1981, il aurait été grandement difficile de trouver un Acadien ou une Acadienne qui n’était pas au fait que la terre tremblait à Moncton en raison d’une victoire historique à environ 4500 kilomètres à l’Ouest. Le but victorieux de François Bessette en fin de match pour vaincre les Huskies de l’Université de la Saskatchewan a cimenté la place de choix que les Aigles Bleus auraient dorénavant dans nos mémoires collectives», affirme Luc Foulem.

«Contrairement aux équipes de hockey junior, qui sont construites avec de l’argent et des échanges, les Aigles Bleus sont d’une petite école au budget limité qui ont dû composer avec les éléments en place sans pouvoir améliorer leur club en cours de route. Ce qu’ils ont accompli est quelque chose de vraiment spécial. Ce n’est pas évident de gagner en bâtissant une équipe sans faire de transactions et sans budget», analyse Hollis Chamberlain.

«Ils ont été marquants. L’impact de ces victoires sur la communauté universitaire et sur l’Acadie, en plus de la force de caractère que les joueurs ont démontré, font des Aigles Bleus une équipe légendaire», indique François LeBlanc.

«Je me souviens encore de l’immense fierté qui a déferlé sur le Nouveau-Brunswick et particulièrement parmi la communauté francophone et acadienne après le premier championnat. Le milieu universitaire était tout simplement en liesse. Cette victoire historique des hommes de Jean Perron a ouvert les yeux à bien des recruteurs partout au pays. Du jour au lendemain, tout est devenu possible pour nos hockeyeurs acadiens et francophones. On pouvait maintenant commencer à rêver», expose Bertin Couturier.

«L’équipe est devenue un porte-étendard pour l’Acadie. Plusieurs joueurs et étudiants d’un peu partout au Canada (dont moi!) sont venus à Moncton après avoir vu les Aigles Bleus sur la scène nationale», souligne Stéphane Paquette.

«Ç’a été tout un feeling de patriotisme quand les Aigles Bleus ont gagné leur premier championnat canadien dans l’Ouest, puis leur deuxième l’année suivante à Moncton», se souvient Allard LeBlanc.

«J’étais très jeune dans le temps et ça m’avait marqué de voir à la télévision les Aigles Bleus remporter le Championnat canadien», rapporte Michel David.

La deuxième position est allée au Titan d’Acadie-Bathurst, édition 2017-2018, qui a remporté en l’espace de quelques semaines la coupe du Président et la coupe Memorial. Un exploit incroyable quand on sait que le Titan se veut le plus petit marché de la Ligue canadienne de hockey.

Le Titan a obtenu 12 votes de première place, 16 de deuxième position et 12 de troisième rang pour un total de 120 points.

L’exploit n’est pas à la veille d’être oublié et voici ce que les votants avaient à dire à ce sujet.

«La coupe Memorial est considérée comme le championnat le plus difficile à gagner, tout sport confondu. Le directeur général Sylvain Couturier, quoiqu’il a hypothéqué sérieusement l’avenir du club, a tricoté cette équipe de main de maître pour atteindre l’objectif ultime», prétend Johnny Grant.

«Ils ont fait vivre des émotions et des choses que nous n’avions pas vécu dans la région Chaleur depuis les belles années des Papermakers au début des années 1970», témoigne Marc Arseneau.

«Le Titan a non seulement gagné la coupe du Président, mais il a dominé le tournoi de la coupe Memorial en disputant une finale des plus inspirantes. C’est l’un des plus beaux exemples d’une équipe unie avec des joueurs qui poussaient tous dans la même direction. Et l’équipe était menée par un des meilleurs capitaine que j’ai vu: Jeffrey Viel», témoigne Patrick Thériault.

«Le plus petit marché au Canada a démontré que c’est sur la glace que ça se passe. Sylvain Couturier a misé gros et il a gagné son pari», fait savoir Micho Roy.

«L’exploit est quand même extraordinaire. Vous avez 60 équipes qui bataillent pour le même trophée, vous disputez près de 100 matchs pour se rendre à une seule partie qui décide du vainqueur. C’est assez difficile merci. Je l’ai vécu une fois, mais du côté des perdants et c’était beaucoup moins amusant», écrit Serge LeBlanc.

En troisième place, les votants ont choisi à ma grande surprise The Paris Crew, un groupe de pêcheurs de la région de Saint-Jean qui a réalisé l’exploit de devenir en 1867, l’année de la Confédération, la première équipe canadienne à s’illustrer sur la scène mondiale. Robert Fulton, Samuel Hutton, George Price et Elijah Ross ont remporté cette année-là le Championnat mondial en aviron lors de la Régate internationale de l’Exposition universelle de Paris.

Au total, The Paris Crew a recueilli 11 votes de première place, un autre de deuxième position et cinq de troisième rang pour un total de 63 points.

«Représenter le Canada à des championnats mondiaux c’est déjà quelque chose, mais de gagner en plus la compétition je dis bravo. Certes, j’ai un faible pour l’aviron et le canotage en général, mais d’aller nous représenter à Paris il y a 153 ans et cela à partir du Nouveau-Brunswick, il fallait aussi le faire», explique Hubert Hall.

«J’ai un parti pris en faveur des réalisations sportives au niveau amateur. Je crois qu’il faut plus de persévérance pour exceller quand une personne n’est pas payée pour le faire. Et puis The Paris Crew est devenu légendaire, pas seulement au Nouveau-Brunswick mais dans tout le pays», observe Rob Jackson.

C’est aux Varsity Reds de UNB qu’est allée la quatrième position. Depuis 1997, ils ont remporté huit fois le Championnat canadien de hockey universitaire masculin (coupe David Johnston), en plus de s’incliner cinq fois dans le match ultime. Faites le calcul et ça nous donne 13 participations à la finale en 23 ans.

Les Varsity Reds ont récolté quatre votes de première position, sept de deuxième rang et cinq de troisième place pour un total de 46 points.

«Atteindre la finale canadienne 13 fois en 23 ans est tout à fait remarquable, surtout qu’ils évoluent dans la conférence la plus compétitive au pays. Il s’agit d’une dynastie semblable à celle du Rouge et Or de l’Université de Laval au football universitaire», tranche Johnny Grant.

L’équipe de curling de Melissa McClure s’est assurée de la cinquième place avec un total de 39 points (1-7-13). En 1998, Melissa et ses coéquipières Nancy Toner, Brigitte McClure et Bethany Toner sont devenues les championnes mondiales de curling féminin au niveau junior en triomphant 11 à 3 devant le Japon.

«Cette équipe m’avait vraiment impressionné. D’avoir réussi le tour de force sans pratiquer régulièrement ensemble est spectaculaire. On sait tous que ça demande plus que du talent pour se rendre jusqu’au bout; ça prend aussi une chimie d’équipe. Ces filles ont réussi à faire cela malgré le fait que le temps jouait contre elles», formule Patrick Thériault.

«Cinq filles qui pratiquent chacune de leur côté pour devenir championnes du monde est tout simplement sensationnel», s’écrit Marc Roy.

«C’est un sport tellement compétitif au Canada et dans le monde. Et honnêtement, je ne vois rien d’équivalent au fait qu’elles fréquentaient alors cinq universités différentes», divulgue Sylvio Bourque.

C’est une autre formation de curling junior qui a pris le sixième échelon du concours, soit l’équipe de Jim Sullivan avec ses coéquipiers Charles Sullivan, Craig Burgess et Danny Alderman. En 1988, lors des Championnats du monde présentés en Allemagne de l’Ouest, le quatuor a triomphé en finale par la marque de 4 à 2 face aux Suédois. L’équipe a récolté 35 points de la part des votants (2-5-10).

«Jim Sullivan a été aussi bien dire l’élément déclencheur des nouveaux règlements qui ont fait du curling un sport plus tactique et intéressant à suivre. Bref, Jim Sullivan n’a pas seulement remporté un championnat mondial, il a aussi été la pierre angulaire (vous me pardonnerez l’expression) d’un legs important dans le sport», affirme Luc Foulem.

Au septième rang, on retrouve les Sea Dogs de Saint-Jean qui sont devenus au printemps de 2011 la première équipe du Nouveau-Brunswick à remporter à la fois la coupe du Président et la coupe Memorial. Un exploit que le Titan a évidemment imité en 2018.

Au total, les Sea Dogs ont amassé 19 points (2-2-3) auprès des votants.

Finalement, en huitième place, les lecteurs ont pour une deuxième fois choisi de reculer à une époque où les principaux acteurs ne sont plus là pour nous raconter leur exploit. Je parle ici des Hawks de Moncton qui ont remporté deux années de suite (1933 et 1934) la prestigieuse coupe Allain, qui récompense la meilleure équipe de hockey senior du Canada. Vous avez peut-être déjà entendu l’histoire comme quoi près de 15 000 personnes sont allées les accueillir après leur deuxième conquête.

Les Hawks ont reçu cinq votes de deuxième place et deux autres de troisième position pour un total de 17 points.

«Ça aurait été mon rêve de gagner ce trophée. Comme Don Cherry a déjà dit à Hockey Night in Canada: “Ces gars l’ont fait pour l’amour de leur sport. Lundi matin, ils vont tous se lever pour aller au travail”, raconte Charles Austin.

En tout, pas moins de 24 équipes ont été considérés par les votants, dont le Titan d’Acadie-Bathurst, édition 1998-1999, et les Rookies de Memramcook, une équipe de balle molle qui a remporté le Championnat canadien en 1984, qui sont les deux seules autres formations à avoir obtenu un vote de première place (voir tableau).