Hillbilly Elegy: à la fois déprimant et inspirant

Un enfant né dans une famille dysfonctionnelle, pauvre et illettrée est-il destiné à suivre les traces de ses parents? La question a été posée plusieurs fois au cinéma, mais probablement jamais avec autant de dureté et d’honnêteté que dans Hillbily Elegy (Netflix).

Netflix aime bousculer l’ordre établi.

Après avoir totalement réinventé l’industrie de la télévision, le géant de la distribution en ligne se plaît, depuis quelques années, à jouer dans les pattes des grands producteurs hollywoodiens de cinéma de répertoire.

Par exemple, en 2018, Netflix a lancé Roma exclusivement sur sa plateforme. Il s’agissait d’une oeuvre hautement artistique et attendue du grand Alfonso Cuaròn.

Le film a récolté dix nominations aux Oscar, remportant quatre statuettes, dont celle de l’oeuvre de l’année.

L’an dernier, Netflix a recruté le monument Martin Scorsese pour tourner The Irishman avec de grosses pointures telles Al Pacino et Robert De Niro.

L’oeuvre a été blanchie lors de la soirée des Oscars, mais avait tout de même récolté neuf nominations – dont celles de meilleur film et de meilleur réalisateur.

Plus tôt cette année, Netflix a remis ça par le biais de Da 5 Bloods, de Spike Lee.

Lancé en plein été, ce film de guerre hommage à Apocalypse Now (1979) s’est rapidement hissé en tête des favoris pour la saison des prix.

Par un curieux destin qui n’a probablement rien du hasard, le principal adversaire de Da 5 Blood pourrait être une autre production exclusive à Netflix, Hillbilly Elegy, mise en ligne mardi.

Petite vie

Le film de Ron Howard (Apollo 13, Solo) raconte la vie difficile des gens des collines du Kentucky.

Communément appelés Red Necks, ces Américains vivent de petits salaires – principalement dans l’industrie des mines. De très nombreuses familles sont aux prises avec des problèmes de drogues, de boissons, d’abus, d’analphabétisme, de pauvreté et de santé mentale.

C’est le cas de la famille Vance. J.D. (Gabriel Basso), le plus jeune du clan (le terme est bien choisi, je vous assure…) est un enfant brillant. Mais sa mère (Amy Adams) est une toxicomane incapable de garder son boulot – ou d’offrir un foyer stable à ses enfants.

Élevé par sa pauvre grand-mère (Glenn Close), J.D. parviendra à se sortir de la misère, d’abord en s’engageant dans l’armée, puis en étant accepté à la prestigieuse université Yale.

Lors d’une semaine déterminante pour la suite de la carrière de J.D., sa mère est hospitalisée à la suite d’une surdose d’héroïne.

J.D est donc mis devant un choix difficile: assurer son avenir ou venir en aide à sa famille, même si cela implique de la replonger dans une misère qu’il a travaillé tellement fort pour fuir…

Dur par moment

Hillbilly Elegy est un film dur. Très dur.

Les scènes qui nous montrent le personnage d’Adams, Bev, être constamment à court de patience et de compassion envers ses enfants font mal à voir.

Il est impossible de rester de glace lors d’un moment précis où J.D. est menacé et agressé par sa mère parce qu’il a eu la mauvaise idée de critiquer ses douteux choix de vie.

Le mode de vie de ce pauvre clan ainsi que le talent unique de Bev pour s’autodétruire sans en tirer la moindre leçon sont aussi très déprimants.

Même si tout ça est un peu trop cliché et stéréotypé, nous sommes ici témoins du pire de ce que l’humain a à offrir.

Heureusement, tout n’est pas noir. Le simple fait que J.D. ait pu s’extirper des griffes de cette misère abyssale a de quoi inspirer.

Le jeune homme – dont le film est tiré des mémoires – est un formidable exemple de détermination et d’abnégation.

Des comédiens brillants

Ron Howard a encaissé sa part de critiques au cours des dernières années, mais dans Hillbilly Elegy, difficile de lui reprocher quoi que ce soit.

Il affiche une main de maître dans la direction de ses comédiens.

Je serais très surpris si Glenn Close et Amy Adams n’étaient pas nominées pour un Oscar.

La première offre une des meilleures performances de sa carrière alors que la transformation physique d’Adams est stupéfiante.

Vous vous souvenez peut-être de Charlize Theron, méconnaissable dans Monster (2003)? Le dévouement d’Adams pour «entrer dans son personnage» est du même calibre.

Un autre qui m’a impressionné est Gabriel Basso. L’enfant de Super 8 (2011) a grandi et son interprétation de J.D. – un jeune homme solide comme le roc sauf quand il est question de l’amour inconditionnel qu’il porte à sa mère – est poignante.

Au final, Hillbilly Elegy est à découvrir. Son scénario manque de fini, mais Ron Howard nous offre un bon film qui présente une réalité difficile tout en posant des questions encore plus compliquées.

Version française: Une ode américaine
Genre: Drame
Réalisateur: Ron Howard
Scénario: J.D. Vance et Vanessa Taylor
Avec: Amy Adams et Glenn Close
Durée: 116 minutes
Budget: 45 millions $US
Une production des studios: Imagine Entertainement et Netflix

ÉVALUATION (sur 5)
Scénario: 3
Qualités visuelles: 4
Jeu des comédiens: 4
Originalité: 3
Divertissement: 3

Total: 17 sur 25 (trois étoiles et demi sur cinq)