Nous entrons dans la saison de l’Avent. Or, d’autres ont damé le pion à l’Église et ont déjà lancé la préparation du temps de Noël. Le premier dimanche de l’Avent est un coup de feu donné au départ d’une course, alors que les coureurs sont déjà presqu’au fil d’arrivée.

D’une année à l’autre, les marchands et les commerçants commencent de plus en plus tôt leur publicité pour nous inciter à consommer. Les lutins et les anges de Noël ne respectent pas leur bulle et entrent dans celles des sorcières et des épouvantails de l’Halloween.

Pendant plus de deux mois, on répète qu’il faut se préparer et ne pas attendre la dernière minute. Deux mois d’achats (souvent déraisonnables) et de préparations qui créent des attentes si élevées qu’il ne faut pas s’étonner si les fêtes sont rarement à la hauteur de nos espérances.

Pendant tout ce temps de préparation, plusieurs vivent dans le temps à venir. On sacrifie le temps présent. Chaque semaine semble être une corvée à traverser avant les vacances de Noël. Chaque journée peut être une épreuve. Normal que le mois de novembre soit mal-aimé. On ne le vit plus: on ne fait qu’attendre décembre!

Cette année, c’est le département de la Santé publique et les gouvernements qui ont lancé la préparation des fêtes. Depuis la fin août, on parle de différents plans pour éviter une flambée des cas de COVID-19. Tout faire pour ne pas compromettre les rassemblements de Noël. Pendant l’automne, on nous a présenté des scénarios pour «sauver Noël». On nous a encouragés à suivre les consignes, à porter le masque, à respecter la distanciation. Tout cela pour éviter la vague. Et afin de pouvoir recevoir notre cadeau de fin d’année: un Noël normal.

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Un Noël normal. C’est-à-dire comme l’année passée. Et aussi l’année d’avant.

Un Noël normal, on croit que c’est celui avec des cadeaux achetés dans les grandes surfaces et fabriqués par des enfants à l’autre bout de la planète.

Celui d’une grande tablée avec de la nourriture en abondance (il ne faut surtout pas en manquer) dont on jette les restes sans trop de remords. Celui aussi avec la parenté et les amis qui entrent chez-soi pour prendre un verre et faire ses vœux.

Une veillée de Noël normale, ça commence souvent à l’église en écoutant les cantiques interprétés par la chorale et en échangeant des poignées de mains sur le perron. Elle se poursuit à la maison avec plusieurs ménages qui chantent et qui dansent.

Avec tant de gens qu’on est heureux d’embrasser parce qu’on ne les a pas vus depuis longtemps.

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Même si nous avons respecté les consignes et que la deuxième vague n’a pas été aussi forte qu’anticipé (à ce jour!), Noël sera différent cette année. Les cadeaux seront peut-être moins nombreux. Au lieu d’être achetés sur le boulevard Wheeler, ils seront achetés dans un petit commerce de notre rue principale. Les invités pour le réveillon seront choisis: il serait imprudent d’inviter toute la parenté.

Les soirées entre Noël et le jour de l’an seront davantage passées avec les gens de sa bulle. Dans l’intimité du foyer. Du temps pour jouer aux cartes avec les mêmes partenaires que la veille. Du temps pour sortir dehors afin de saluer d’autres gens.

Finalement, n’est-ce pas un peu cela la normalité de Noël? Les chrétiens célèbrent l’avènement de Dieu qui est venu au monde dans la sobriété d’une étable, avec quelques bergers invités par des anges et guidés par une étoile. Ce n’est pas dans l’auberge remplie de convives, ni au milieu de gens se réjouissant de se retrouver en famille pour le recensement que Jésus est né.

Cette année, nous allons célébrer Noël avec quelques-uns de nos proches. De nos plus proches. Peut-être à l’église dans le cadre d’une célébration dont l’atmosphère ressemblera davantage à celle d’une étable obscure qu’à celle du grand caravansérail. À bien y penser, c’est peut-être ça un Noël normal?

C’est peut-être ça le Vrai Noël appelé par le poète: «Vrai Noël, viendras-tu un jour… te pencher sur toutes nos faiblesses, partager toutes les richesses, nous sortir de l’indifférence, nous mener loin de notre aisance? Vrai Noël d’amour, je t’attends toujours».

Notre attente peut être comblée cette année. Ce Noël 2020 que certains qualifient d’anormal, il est celui qui se rapprochera le plus de la normalité du premier Noël. Il pourrait être un vrai Noël. À chacun d’y voir. C’est mon souhait. Bon Avent!