Le souhait du Père Noël

De mon balcon, j’aperçois les lutins qui s’activent au pôle Nord. Bien sûr, la pandémie causée par le mozusse de virus complique grandement leur travail. Surtout qu’il est possible, ainsi que je l’ai révélé ici, en scoop mondial, la semaine dernière, que le Père Noël ne passe pas cette année.

Mais les lutins, fidèles à leur raison d’être, n’en continuent pas moins à se creuser les méninges pour inventer des cadeaux de Noël originaux, même si ce n’est pas tout le monde qui envoie sa liste au Père Noël. Certains grands esprits préfèrent maintenant se garrocher sur les soldes du Vendredi fou ou celles du «Cyber lundi», une autre patente de marketing qui nous tombe dessus, histoire de nous faire cracher le plus de bacon virtuel possible.

Justement, j’ai une idée de marketing rien de moins que géniale que je m’empresse de partager avec vous. Pourquoi ne pas annoncer que dorénavant tout ce qui se vend sera en solde à l’année longue? Même pas besoin de baisser les prix: il suffira de dire que tout est en solde tout le temps et tout le monde se ruera dans les magasins!

Pas beau, ça? Ne soyez pas surpris, stupéfiants lecteurs zé lectrices stupéfiées, si je remporte un jour le prix Nobel de l’Économie!

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Si je peux entrevoir les lutins du Père Noël de mon balcon, c’est que j’ai des lentilles de lunette trifocales. Paraît que ça sert à voir clair quand on est presbyte d’un bout et myope de l’autre, ou quelque chose du genre. Surtout quand il fait jour, car le soir, oubliez ça. Ici, à Montréal, on éclaire les rues avec des 2 watts et ça prendrait plutôt des lunettes à infrarouge pour y voir quelque chose le soir! À moins d’être nyctalope, comme les chats. Bien qu’ils soient tous gris la nuit. Zut.

Parlant de gris, ma rue est pas mal grise ces temps-ci. Les trottoirs aussi sont gris. Le ciel est gris. La bordée de neige de la semaine passée est disparue aussi vite qu’elle était apparue et tout ce qui reste, ce sont les pierres grises des anciennes demeures et les pigeons gris qui viennent picorer en plein mitan de la rue. On se demande bien ce qui les attire tant en plein trafic.

Mais allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d’un pigeon! Parole de rossignol!

Ce qui me ramène illico au pôle Nord, là où tout est blanc, même les ours. Et toute cette blancheur avive l’éclat des couleurs fortes et denses des costumes des lutins et de celui du Père Noël – le petit-fils de Saint Nicolas qu’on devrait normalement célébrer dimanche prochain, le 6 décembre, mais dont on ne parle plus depuis qu’il a pris sa retraite et s’est installé dans la célèbre Villa des Oubliés.

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Voyez, on est aussi rusé que l’Église qui a si bien su récupérer les fêtes païennes d’antan! Nous, nous récupérons les grandes figures religieuses d’autrefois pour en faire des «êtres» non religieux. Et c’est ainsi que nos anges gardiens sont devenus des lutins!

Mais il serait faux de croire que le fait d’avoir remisé la pratique religieuse dans la shed de nos souvenirs a fait disparaître les principes de morale qu’elle mettait en lumière. Croyants ou non, pratiquants ou non, nous sommes toujours mus par le même désir d’aimer, le même besoin de fraternité, la même volonté d’entraide.

Ce qui a changé, c’est peut-être notre manière de procéder. En retour, l’Église s’est ouverte à des vertus sociales telles que «les droits de la personne, le dialogue inter-religieux, la liberté de conscience», comme me le faisait si pertinemment remarquer récemment un interlocuteur, citant un théologien de gauche. (Oui, ça existe!)

En gros, une tolérance de la diversité, appelée elle aussi à se transformer jusqu’à devenir une acceptation pure et simple de cette diversité.

C’est à peu près ce que Noël vise à célébrer. Et c’est pourquoi ce sont maintenant les lutins qui font de l’overtime pour que nous puissions tous et toutes arriver au même moment à ce grand rendez-vous annuel des cœurs.

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Comme le Père Noël n’est pas certain de pouvoir passer cette année, les lutins, sous la houlette de leurs chefs Gueling-Guelang et Gueding-Guedang, se sont mis à la distribution en ligne, secondés par le lutin frônçais Trëmä Frëtïllänt et le lutin acadien Friggin Vortex, qui ont toujours autant de difficulté à se comprendre.

Pour leur part, la Fée des Neiges, soi-disant écolo, brasse des mégatonnes de neige artificielle pour les skieurs, réchauffement planétaire oblige, tandis que sa collègue, la Fée des Étoiles, use sa baguette magique à faire scintiller les astres pour la nuit de Noël.

Ainsi, tout le monde est à l’œuvre pour ce tout premier Noël universellement confiné depuis celui qu’Adam et Ève passèrent tout seuls après avoir été mis à la porte du paradis. Une chance que le Créateur, dans sa miséricorde, avait offert à chacun une feuille de vigne tricotée en laine de lama frisé pour combattre les rigueurs du froid, parce que l’humanité ne serait peut-être pas aussi nombreuse qu’elle ne l’est aujourd’hui!

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DERNIÈRE HEURE: le Père Noël vient de me dire au téléphone que les dirigeants de la planète lui proposent de lever son confinement en échange de quoi il pourrait distribuer des vaccins contre le mozusse de virus pendant sa tournée, vu qu’il connaît l’adresse de tous les habitants de la terre, même celles des sans-abris, paraît-il. Encore un scoop mondial! Yéé!

Le Père Noël m’a aussi confié qu’il aurait aimé pouvoir distribuer d’autres types de vaccins également. Des vaccins contre la bêtise humaine, la démagogie politique, la mauvaise foi, l’ignorance aveugle ou la bien-pensance pharisienne qui font tant de ravage dans le cœur des hommes et des femmes de bonne volonté.

Le souhait du Père Noël sera-t-il exaucé? À suivre…

Han, Madame?