Acadiens et francophones hors Québec: les pions des langues officielles

On parle beaucoup de langues officielles à Ottawa ces derniers temps. Depuis le discours du Trône de septembre, où le gouvernement avait annoncé son intention de «renforcer [la Loi sur les langues officielles (LLO)] en tenant compte de la réalité particulière du français», les spéculations ne cessent sur ses intentions de faire de cette promesse une réalité – et surtout, sur le moment où il décidera enfin de le faire.

Parce que la modernisation de la LLO, dont la dernière révision remonte à 1988, est attendue de pied ferme. Rappelons que les libéraux en avaient fait une promesse de campagne en 2019.

Le Comité des langues officielles du Sénat, puis celui de la Chambre des communes, ont tour à tour publié des rapports sur la modernisation de la LLO cette même année, sans parler des recommandations du Commissariat aux langues officielles, de la Fédération des communautés francophones et acadienne, d’une pléthore d’autres organismes communautaires, et des consultations menées par la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, sur le sujet. Tous semblent d’accord: la loi doit avoir plus de mordant pour mieux protéger les minorités de langue officielle. Pourquoi, donc, ces tergiversations sans fin?

C’est que les droits linguistiques ont beau être conçus pour protéger les plus faibles, au Parlement, c’est toujours la loi du plus fort qui règne. Le jeu politique sur la question semble présentement plus orienté sur le Québec (et son nombre alléchant de sièges aux communes) que sur les francophones hors Québec, dont les votes sont peu payants.

Cela transparait dans le comportement des partis. Le Bloc québécois presse le fédéral de protéger le français au Québec en assujettissant les entreprises de juridiction fédérale qui s’y trouvent à la loi 101. Que cette stratégie puisse rejaillir sur les provinces où le français est minoritaire, on s’en préoccupe peu. Les néo-démocrates, qui avaient presque rayé les bloquistes de la carte dix ans passés, brillent par leur absence sur ce dossier.

Les conservateurs, pour leur part, courtisent les votes nationalistes de droite québécois. Ils ont récemment entamé un curieux virage idéologique sur les langues officielles, les renommant au passage «langues nationales». Ce néologisme serait en hommage, selon les dires du chef conservateur, aux «deux peuples fondateurs» du Canada, mais interpellant surtout la nation québécoise – laissant planer le doute sur le sort tant des francophones hors Québec que des peuples autochtones dans leur vision du pays.

La ministre Joly ne se dit pas encore prête à déposer un projet de loi en chambre malgré les demandes insistantes de l’opposition et de la société civile, annonçant plutôt à la onzième heure un «livre blanc» surprise sur les langues officielles, à venir au Nouvel An. On y attend des protections supplémentaires pour le français au Québec… juste à temps pour une prochaine élection.

Encore une fois, le dossier des langues officielles semble être devenu le prétexte à un jeu d’échecs politique où le Québec est roi, et les francophones du reste du pays, les pions.