Redonner vie à des œuvres de jeunesse

Il y a de ces œuvres indémodables ayant marqué leur époque qui méritent d’être revisitées. C’est le cas du groupe québécois Harmonium et du duo français Les Rita Mitsouko qui lancent ce mois-ci de nouveaux albums.

Histoires sans paroles, Harmonium symphonique

«Aujourd’hui je dis bonjour à la vie», ça vous dit quelque chose? Après 46 ans, Harmonium devient symphonique. C’est tout simplement magnifique. Il faut dire qu’en partant, j’ai un parti pris favorable pour ce groupe mythique des années 1970 qui a marqué ma jeunesse avec son folk-rock progressif. Il s’agit d’un répertoire inoubliable qui mérite amplement d’être redécouvert. L’album double instrumental Histoires sans paroles, qui sort jeudi (3 décembre), revisite l’intégralité des trois disques d’Harmonium en version symphonique. Ce sont 140 minutes de pur bonheur à écouter.

L’adaptation symphonique est signée par Simon Leclerc et le projet a été réalisé de concert avec Serge Fiori, sous la direction artistique de Nicolas Lemieux. Interprétée par 68 musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal et enregistrée à la Maison symphonique au printemps dernier, l’œuvre est audacieuse. Le maestro Simon Leclerc arrive à donner à ces mélodies une nouvelle ampleur immensément lumineuse. Ils ont choisi de ne pas mettre de voix, donnant ainsi une autre direction à la musique d’Harmonium. Ils ont quand même conservé une guitare et intégré des chœurs. Simon Leclerc a réussi, avec cet opus, à créer une œuvre en soi. Les projets rock symphoniques ne sont pas toujours réussis, mais cette fois, c’est renversant.

Même sans les paroles des chansons, on retrouve une poésie dans la musique, les mélodies et les arrangements. Un album qui remue et qui fait partie de mes gros coups de cœur de l’année. Une belle façon de redonner vie à cette œuvre de jeunesse. Cela s’écoute comme la trame musicale d’un film, évoquant plusieurs images. Le corridor – Les premières lumières, Un musicien parmi tant d’autres, Histoires sans paroles, Depuis l’automne et Comme un fou figurent parmi les nombreux titres à retenir. Pour illustrer la pochette de l’album, les concepteurs ont choisi une reproduction d’une huile sur toile de Jean Paul Riopelle, Le Jacob-Chatou (1954).

Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko

Autre époque, autre musique, mais tout aussi singulière. Le duo français Les Rita Mitsouko fondé par le couple Catherine Ringer et Fred Chichin, a été l’un des plus marquants des années 1980 et 1990. Très branchée, cette formation ne ressemblait en rien à l’époque, avec sa frénésie, sa musique pop-rock, une touche de latino, de psychédélique et une bonne dose de folie. Formés en 1979, Les Rita Mitsouko ont pris fin en 2007 à la mort de Fred Chichin. Au fil des années, le duo a enchaîné une multitude de succès que l’on pense à Marcia Baïla, Andy et C’est comme ça.

Catherine Ringer, qui a poursuivi sa carrière solo, a entrepris une tournée en septembre 2019 avec son fils le guitariste Raoul Chichin qui revisite le répertoire inoubliable du duo. Le spectacle a été capté à la Philharmonie de Paris lors d’une fin de semaine spéciale les 28 et 29 septembre 2019. C’était au début de la tournée qui a dû malheureusement s’arrêter en raison de la pandémie.

L’album double qui paraîtra le 11 décembre nous fait revivre les moments de ce concert magique. La chanteuse à la voix explosive revisite à sa façon les plus grands succès de la formation. C’est tellement agréable d’entendre un disque en spectacle, surtout en ces temps où les concerts en salle se font plutôt rares. Un beau survol du répertoire du groupe qui a enflammé les foules pendant près de trois décennies. Quand on écoute l’album, on constate toutefois que certaines pièces vieillissent mieux que d’autres. Un DVD accompagne la sortie du disque pour ceux qui ont encore des lecteurs de DVD. La chanson. C’est comme ça figure parmi mes titres favoris.