OUI À LA VIE!

Chaque année qui passe ne ressemble pas à la précédente, entend-on dire parfois. Cette année, le dicton est plus vrai que nature! Car jamais, jamais, jamais nous n’aurions pensé que la planète pourrait, presque du jour au lendemain, appliquer les freins avec autant de rapidité et de vigueur. Un mot: virus. Une cause: virus. Une catastrophe: virus.

En début d’année, une rumeur venue d’Asie s’est gonflée, s’est amplifiée, et telle la vague dévastatrice d’un tsunami, la vague a fini par engloutir tous les continents: un ennemi invisible s’était infiltré dans la vie, NOTRE vie.

Plus rien n’était clair, plus rien n’avait de sens, plus rien ne tenait debout. La planète était aux prises avec un ogre microscopique dont l’appétit était inversement proportionnel à sa grosseur: le coronavirus.

Après l’étonnement initial, la stupeur. Après la stupeur, la peur. Après la peur, les deuils ont commencé. Les statistiques se sont mises à pleuvoir sur nous, non pas au compte-goutte, mais en trombe, comme les grosses averses soudaines d’été qui nous surprennent en pleine fête et nous trempent de la tête aux pieds.

Tant de cas par-ci, tant de cas par-là. Tant de morts par-ci, tant de morts par-là. Tant de douleurs, tant de peine, tant de drames par-ci et par-là. Plus rien n’arrêtait le monstre.

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Bien sûr, les gouvernements ont été les premiers sur la sellette à tenter de répondre à la multitude de questions fusant de tous bords et de tous côtés: comment cela est-il possible?, comment notre haut degré de savoir peut-il tomber en panne devant ce mozusse de virus, gros comme rien et fort comme tout?, que faire?, que faire?, où sont les remèdes?, où sont les masques?, où sont les vaccins?

Que de questions, pour si peu de réponses. Les gouvernements étaient dépassés, les corps médicaux aussi. Les médias ne savaient plus où donner de l’émoi, hésitant entre les manchettes cataclysmiques et les alertes catastrophiques.

Et dans notre for intérieur collectif, nous pensions que tout cela connaîtrait une fin rapide, que ce ne serait plus bientôt qu’un mauvais rêve. Mais le mauvais rêve est devenu cauchemar et le cauchemar est devenu l’enfer.

De guerre lasse, les gouvernements ont pris la mesure de l’épreuve que traversaient leurs commettants, leur pays, leur économie. On a bouclé les frontières. On a cloué les avions au sol, on a fermé les usines, mis la clé dans la porte des commerces, renvoyé les écoliers à la maison, interdit les visites dans les centres de soins et les résidences pour personnes âgées.

Fini les activités sportives et leurs vestiaires. Fini les activités culturelles et leurs coulisses. Fini la convivialité des restaus, des bars, des cafés, des bistrots, des discothèques, des cinémas. Fini les rassemblements familiaux, amicaux, sociaux. Fini le bon temps, c’était l’heure du couvre-feu.

On aurait dit qu’un dieu vindicatif venait de mettre la Vie en mode arrêt.

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Les mois ne s’écoulaient plus: ils s’accumulaient. Comme les urnes funéraires de nos êtres chers attendant le moment propice d’éventuelles funérailles. Plus rien n’était comme avant: même la mort on ne savait plus qu’en faire.

Et là, au milieu d’on ne sait plus trop quelles statistiques, sont apparues les zones en couleur. À défaut de donner des couleurs à nos espoirs, on s’est mis à en donner à nos lieux d’éclosions, à nos villes, à nos régions.

Et chaque couleur charriait dans ses pigments une nouvelle mouture des mesures sanitaires à adopter: distanciation sociale, mains lavées à tour de bras, masques du nez au menton, dépistage. Telle couleur le suggérait. Telle autre couleur le recommandait. Telle autre encore l’imposait.

Un nuage gris enveloppait nos vies. Il faisait gris dans nos têtes. Gris dans nos cœurs. Mais au moins, nous habitions une zone haute en couleur! Le rouge fait peur, c’est vrai; le jaune est plus rassurant, c’est vrai. On zyeutait la couleur régionale comme des astrologues scrutant le firmament.

Ironiquement, au début de la pandémie, on voyait des arcs-en-ciel surgir de partout pour nous signifier que tout allait bien aller, et voici que ces couleurs, prises une à une, signalaient maintenant notre degré de dangerosité collective.

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Mais nous nous en sortirons, foi de rossignol! Nous allons sortir de ce merdier. Nous allons terrasser ce mozusse de virus, comme nous avons su en terrasser d’autres à d’autres époques. Nous allons en venir à bout, parce que la Vie vient toujours à bout de tout.

Voilà ce que je nous souhaite pour l’année nouvelle qui s’approche timidement de nous, contrairement aux autres années qui font généralement irruption sur le calendrier dans l’éblouissement des feux d’artifice, des bulles et des p’tits becs sucrés.

Pour beaucoup d’entre nous, les fêtes du nouvel An risquent de ressembler à celles de Noël: des fêtes au ralenti, des fêtes qui invitent à une proximité privée, plutôt que collective. Des fêtes qui incitent à la simplicité du partage sans falbalas, sans chichi.

Tout compte fait, je me demande s’il ne s’agit pas d’un grand moment d’authenticité, un peu comme lorsqu’on remet les pendules à l’heure.
Bien des choses changeront après l’éradication de cette pandémie. On ne sait pas encore ce que seront réellement ces changements, car la nature humaine, toujours prête à oublier, voudra, encore une fois, passer à autre chose, en disant «basta!, fini la pandémie!, vive la vie!».

C’est normal. Mais l’oubli est souvent superficiel: le souvenir demeure, même s’il se fait discret, s’il se tient coi dans un recoin de notre mémoire.

Espérons qu’en 2021, il se fasse suffisamment discret pour que l’été venu nous puissions, tous et toutes, admirables lecteurs zé lectrices admirées, faire la fête! Une mozusse de belle grosse fête sans masque où tout le monde dansera dans la rue, s’égosillant sans danger, s’embrassant sans réserve, pour crier: OUI À LA VIE!

Et même si une grosse averse soudaine devait nous surprendre en pleine fête et nous tremper de la tête aux pieds, nous pourrons en rire sans danger, sans masque et à gorge déployée!

Bonne Année!

Han, Madame?