Le meilleur de l’année cinématographique

C’est une année cinématographique hautement atypique qui a pris fin jeudi. Le moment est donc venu de faire le bilan de ce que 2020 nous a offert de mieux.

Un petit rappel: j’évalue un film selon des critères différents de ceux des membres de l’Académie ou du jury de Cannes, par exemple.

Si, pour ces gens, l’aspect artistique importe énormément, pour moi, un bon film doit d’abord et avant tout divertir (surtout en cette année où les échappatoires étaient les bienvenus).

Divertir, certes, mais aussi avoir un message à passer, en plus d’être bien joué et original.

J’accorde aussi beaucoup d’importance au scénario. Bref, je me mets dans vos souliers, amis cinéphiles, et je me demande: «est-ce que ce film mérite qu’on lui accorde deux heures en plus du coût du prix d’entrée et du pop-corn».

Voici donc les dix films qui ont répondu par l’affirmative et avec le plus d’éclat à cette question en 2020.

1) Da 5 Bloods (Netflix)
Lancée en juin, cette oeuvre de Spike Lee est, à la fois, un film de guerre, un buddy movie et un essai sur le racisme systémique. On y fait la connaissance de quatre anciens combattants américains noirs qui, 45 ans après la guerre du Viêt Nam, débarquent à Hanoï afin de rapatrier le dépouille d’un ancien camarade et faire main basse sur un chargement d’or. Le film se distingue parce qu’il suit deux lignes du temps, une dans le cadre du conflit tournée en 8mm et une autre, actuelle, filmée en HD. Le tout sur la musique de Marvin Gaye. La performance de Delroy Lindo est de plus extraordinaire. Un classique en puissance.

2) The Invisible Man

Lors d’une année sans pandémie, un film d’horreur et de science-fiction aurait bien peu de chance d’être finaliste à l’Oscar de l’oeuvre de l’année. C’est pourtant ce qui pourrait arriver cette année par le biais de cette angoissante fable sur la violence conjugale avec l’exceptionnelle Elizabeth Moss dans le rôle principal. Le réalisateur Leigh Whannell signe un bijou qui sert maintenant d’étalon de comparaison à tous les futurs films d’horreur.

3) Soul (Disney+)

J’écrivais plus haut que j’avais un faible pour les films qui ont un message à véhiculer et Soul est champion en ce domaine. Cet autre chef-d’oeuvre des studios Pixar regorge de petites leçons de vie et nous rappelle notamment à quel point il est facile de tenir certaines choses pour acquises. Amusant, songé, visuellement intéressant et bourré d’émotions: Soul coche toutes les cases de ce qui peut être considéré comme un grand film d’animation.

4) The Platform (Netflix)

La critique sociale la plus acerbe de l’année. Cet étrange film espagnol nous entraîne dans une prison où la nourriture est distribuée par le biais d’un ascenseur. Si les détenus du haut de la tour mangent plus qu’à leur fin, ceux du bas peinent à survivre. Si vous y voyez une métaphore sur les inéquités de notre société, bravo. C’est aussi une oeuvre étrange, autant dans sa photographie (très sombre et volontairement choquante) que dans son scénario. Disons qu’on est loin de l’aseptisée Hollywood…

5) Stargirl (Disney+)

Si on me donnait le choix de ne revoir qu’un seul film de l’année 2020, c’est probablement celui-ci que je choisirais. À la fois légère et touchante, cette oeuvre raconte l’histoire d’une adolescente dont le côté marginal finit par inspirer toute une communauté. Stargirl ne serait pas un aussi bon film sans la performance de la lumineuse Grace VanderWaal, une des plus jeunes gagnantes de l’histoire d’America’s Got Talent. Son charisme, sa simplicité et son ukulélé nous rappellent qu’il est possible de dire non au conformisme et qu’il vaut mieux être soi-même si on souhaite être heureux.

6) Greyhound (Apple TV)

Je suis conscient que l’accueil à ce film d’Aaron Schneider n’a pas été unanimement positif, mais en terme de suspense, c’est de loin le meilleur que 2020 nous a offert. Tom Hanks y interprète le capitaine d’un navire qui, lors de la Seconde Guerre mondiale, doit guider un important convoi de nourriture et d’armement vers l’Europe. Or, les eaux de l’Atlantique Nord regorgent de sous-marins allemands… Greyhound nous tient sur le bout de notre siège en utilisant la même recette que Jaws, soit celle de la bonne vieille menace sous-marine cachée. Et ça fonctionne à merveille! Les chorégraphies de batailles navales sont aussi à couper le souffle. Pour se changer les idées, difficile de trouver mieux.

7) Jusqu’au déclin (Netflix)

Un autre film qui ne se retrouvera probablement pas dans beaucoup de listes du genre, mais que voulez-vous, j’ai trouvé cette oeuvre québécoise absolument fascinante. On y est projetés dans une formation destinée aux survivalistes – ces gens qui se préparent à l’effondrement de la civilisation. Et, évidemment, la fin de semaine prend une tournure dramatique. Réal Bossé y est d’un naturel sidérant et le film est terrifiant à plusieurs niveaux. Une oeuvre vraiment originale.

8) Mafia Inc

L’âge d’or du film mafieux est résolument derrière nous, mais il arrive encore qu’une oeuvre du genre se démarque. C’est le cas de ce film du réalisateur québécois Podz, adapté des écrits de deux journalistes sur la montée et la chute du clan montréalais Rizzuto. L’Italien Sergio Castellitto est impérial en parrain alors que le toujours excellent Marc-André Grondin fait le travail dans le rôle du petit bum arriviste qui souhaite prendre les commandes de la «famille». Ce que Mafia Inc fait de mieux, toutefois, c’est de nous faire constamment cogiter afin de deviner qui prendra la prochaine balle…

9) The Vast of Night (Amazon Prime)

Ce film du nouveau venu Andrew Patterson est un drôle d’animal. Il est à la fois rafraîchissant et innovateur dans la façon dont il aborde le thème des extra-terrestres, mais il le fait de façon à rendre hommage à Twilight Zone, une série télévisée des années 1960. Il s’agit d’une oeuvre à petit budget, dépourvue de toute action et dont les événements, très simples, se déroulent à pas de tortue. Ceci permet à deux inconnus, Sierra McCormick et Jake Horowitz, de se mettre en évidence dans une oeuvre dont la principale qualité est de nous rendre nosalgiques.

10) Palm Springs (Hulu)

Il m’en faut beaucoup pour rire au cinéma et je préfère de loin l’humour cérébral aux blagues physiques. Ce petit bijou était donc parfaitement dans mes cordes. Il reprend en gros l’histoire du Jour de la Marmotte alors qu’un homme est coincé dans une boucle temporelle (lors d’un mariage). C’est charmant et amusant, mais le film parvient à s’élever au-dessus de la comédie romantique conventionnelle grâce au jeu inspiré et sans faille d’Andy Samberg (Brooklyn 99) et Cristin Milioti (How I Met Your Mother). Un film songé et léger tout à la fois. Il s’agissait d’y penser! n