Robert Monckton: bourreau ou militaire compétent?

Pour les Acadiens, c’est l’un des grands exécuteurs de la Déportation et de la destruction des villages associée à cet épisode. Certains considèrent qu’il est coupable d’avoir participé à un nettoyage ethnique. Du côté britannique, il est considéré comme l’un des meilleurs commandants de la guerre de Sept Ans. L’Encyclopédie canadienne le qualifie de «militaire compétent et humain».

Né le 24 juin 1726 dans le Yorkshire, en Angleterre, Robert Monckton commence sa carrière militaire à l’âge de 15 ans. En 1744, il est promu capitaine, puis major en 1747, et ensuite lieutenant-colonel en 1751.

La même année, il est nommé député à la Chambre de communes.

Son régiment est envoyé à Halifax à l’été de 1750, mais Monckton quitte l’Angleterre pour la Nouvelle-Écosse en 1752 où son régiment s’était rendu deux ans plus tôt.

Il reçoit alors le commandement du fort Lawrence construit en 1750 près des ruines du village de Beaubassin, tout juste à côté de la frontière autoproclamée par la France qui y a érigé le fort Beauséjour.

En 1753, il repart pour Halifax et est nommé au Conseil de la Nouvelle-Écosse. Il restaure la paix à Lunenburg, non loin de la capitale, où les immigrants allemands ont provoqué des troubles.

Mais dans le reste de la Nouvelle-Écosse, la «question acadienne» n’est pas réglée. Les choses se corsent. Le lieutenant-gouverneur Charles Lawrence, devenu maître des lieux après le départ du gouverneur Hopson, décide de concert avec le gouvernement du Massachusetts, William Shirley, de chasser les forces canado-françaises de Beauséjour, ce dernier ayant obtenu l’appui de Londres en affirmant faussement que des Acadiens avaient pénétré dans le territoire du Maine avec des autochtones et menaçaient sa colonie.

Lawrence confie l’expédition contre le fort Beauséjour à Monckton. Il envoie le lieutenant-colonel à Boston avec un crédit illimité pour armer, équiper et transporter les 2 000 miliciens que va recruter Shirley.

En janvier 1755, Lawrence écrit à Monckton à Boston pour préciser ses instructions: une fois arrivé près du fort Beauséjour, il doit informer les «habitants français» (le terme «Acadien» n’était pas encore largement utilisé), «du sort qui les attend s’ils refusent de faire ce qu’on exige d’eux, ce qui, pour le présent, consiste à remettre leurs armes et à demeurer tout à fait paisibles dans leurs habitations». Bref, on veut que les Acadiens ne participent pas à la défense du fort.

Dans cette même lettre, Lawrence donne la directive à Monckton, qu’une fois Beauséjour capturé, de ne pas donner l’occasion aux Acadiens de prêter le serment d’allégeance «vu que la prestation du serment nous lierait les mains et nous empêcherait de les chasser dans le cas où, comme je le prévois, la chose deviendra nécessaire.»

En fait, Lawrence et Shirley ont déjà résolu de déporter l’ensemble des Acadiens; la prise de Beauséjour ne sera que la première étape de cette opération.

Au printemps, Monckton part de Boston avec près de 2000 hommes, à qui se joindront 270 soldats britanniques postés en Nouvelle-Écosse. Le 2 juin 1755, la petite armée arrive au fort Lawrence. Deux semaines plus tard, le 16, après seulement quelques jours de bombardement, Vergor, le commandant du fort Beauséjour, capitule.

Sur les dix articles de reddition que Vergor propose à Monckton, quatre portent sur les Acadiens. On demande qu’ils ne soient pas punis et qu’on ne leur fasse pas de tort pour avoir pris les armes parce qu’ils ont été forcés de le faire sous menace de mort. On demande que les Acadiens puissent jouir de leur religion et avoir des prêtres. L’une des clauses prévoit que les Acadiens, s’ils le souhaitent, auront un an pour se retirer du territoire.

Monckton réplique avec cinq articles. Voici le quatrième: «Les Acadiens, dans la mesure où ils avaient été forcés de prendre les armes sous peine de mort, seront pardonnés pour la part qu’ils ont prise.» On comprendra plus tard que le mot «pardonné» sera interprété comme quoi les Acadiens ne seront pas exécutés pour avoir porté les armes.

Après la prise du fort, Monckton (il n’a que 29 ans), selon les instructions de Lawrence, fera désarmer les Acadiens, attirera au fort – renommé Cumberland – environ 400 d’entre eux le 11 août en vue de les déporter à l’automne, et ordonnera une chasse à l’homme pendant des semaines, ainsi que la destruction des villages, dans toute la région. Trois ans plus tard, Monckton mènera lui-même une expédition en remontrant la rivière Saint-Jean afin de se saisir des Acadiens et de détruire leurs établissements. Peu d’Acadiens seront capturés.

Ce succès rehausse la réputation militaire de Monckton. En 1759, il jouera un rôle important lors de la prise de Québec – en tant que second du général Wolfe – lors de laquelle il sera blessé. L’année suivante, il est nommé commandant des troupes britanniques dans les colonies britanniques du sud et, en 1761, gouverneur de New York. L’année suivante, il commande l’armée qui prend la Martinique à la France.

Après un retour à New York, il retourne en Angleterre en 1763, où il redevient député aux Communes et est nommé gouverneur de Portsmouth. Il atteindra le grade de lieutenant-général. Il meurt en 1782 et est inhumé à l’église St. Mary Abbots, à Londres, dans le quartier de Kensington. Il ne s’est jamais marié, mais on dit qu’il avait trois fils et une fille.