Chronique d’une débâcle annoncée

Si tout se déroule selon les normes, un chapitre surréaliste de la politique américaine sera clos mercredi prochain, au moment où se terminera la présidence hallucinante du bonhomme Trump qui aura pitoyablement failli à la tâche, laissant pour tout héritage un nuage toxique planant sur la destinée de son pays.

Sa présidence, commencée en janvier 2017 sous les cris de «Lock Her Up!» en référence à son adversaire démocrate infortunée Hillary Clinton, prend fin en janvier 2021 sous les huées scandant «Hang Mike Pence!» son mièvre vice-président.

C’est dire à quel point le passage de Trump à la Maison-Blanche aura été calamiteux!

Malgré cela, il s’en trouve pour lui accorder une bonne note, tels ses courtisans qui l’ont encensé tout au long de son mandat, et les irréductibles supporteurs de son populisme ignare, tous aveuglés, incapables de voir que l’empereur était nu.

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Et ce refus d’admettre la réalité a mené directement au refus de reconnaître le résultat électoral de novembre dernier, avec son cortège de théories complotistes et de tentatives de suborner tout un chacun, y compris des élus politiques, pour inverser le cours des choses, comme en a fait foi le fameux appel de Trump au Secrétaire d’État de la Géorgie pour le supplier de lui dénicher quelques milliers de bulletins électoraux supplémentaires…

Ce président a perdu toute légitimité. D’où l’urgente nécessité de le voir quitter la place le plus rapidement possible. Ses appels à la révolte, qu’il colporte sur toutes les tribunes, ont mené à ce qui s’est passé le 6 janvier, et il doit en payer le prix.

Heureusement, ce mandat placé sous le signe de la perversité politique prend fin dans quelques jours. Le seul pouvoir qu’il lui restera dorénavant sera le pouvoir de nuire.

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Il serait cependant naïf de croire qu’on pourrait repousser cette nuisance du revers de la main. L’espèce de tentative de coup d’État amateur qui aura permis à quelques insurgés de faire de l’escalade sur les murs du Capitol, lundi dernier, même si elle s’est terminée en queue de poisson, aura laissé cinq morts derrière.

Rien n’indique que tous ces insurgés sont retournés chez eux avec contrition et le ferme propos de ne plus recommencer.

Au contraire, voici qu’un rapport du FBI fait état de possibles attaques dans les cinquante États et à Washington, dans les jours précédant l’inauguration du président-élu Joe Biden!

Tout cela pourrait donner au bonhomme Trump suffisamment de munitions pour avoir recours à des pouvoirs extraordinaires, telle que la loi martiale. Bref: il pourrait invoquer des pouvoirs pour juguler une crise qu’il aura lui-même provoquée!

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Mais il n’y a pas que sur le front domestique que la menace pèse. Les ennemis des États-Unis pourraient être tentés de profiter de la confusion actuelle qui règne à la Maison-Blanche, au Congrès et dans les grands ministères pour s’en prendre aux intérêts américains dans le monde, ou même sur le sol américain.

Sans compter la possibilité d’attaques américaines internationales dûment commandées par le président en exercice, et qui pourraient jeter de l’huile sur le feu, afin de laisser un cadeau empoisonné à son successeur.

Ce qui, encore une fois, permettrait au président en exercice de recourir à la force pour tenter de se maintenir en place. (Bien que l’assermentation de Joe Biden aura lieu le 20 janvier à midi, dût-elle avoir lieu dans un placard.)

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Devant ce salmigondis politique, une question malaisée émerge: les États-Unis sont-ils au bord d’une guerre civile? Sont-ils au bord d’une implosion ou d’une explosion?

Il y a cinq ans, poser cette question eut été quasi fantaisiste, mais aujourd’hui, cinq ans après le désastreux ouragan Trump, elle n’est plus farfelue. L’état de déliquescence dans laquelle il laissera son pays dans quelques jours est carrément troublant, inquiétant et dangereux.

Oui, il y a péril en la demeure, et nous serions mal avisés de ne pas y réfléchir sérieusement.

Car, s’il est vrai que ce qui va se passer dans les prochains jours importe pour la démocratie américaine actuelle, un signal sera lancé au monde par la même occasion.

C’est un signal qui jettera des lueurs sur ce qui attend le monde au cours des prochains dix ans eu égard à la démocratie dans le monde et à la montée d’un fascisme populaire. Une sorte de reflet du futur tel qu’on pourrait le lire dans une boule de cristal.

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Et c’est pourquoi la Chambre des représentants a raison de le mettre en accusation une seconde fois. Le vote est prévu aujourd’hui. Car ne pas le sanctionner équivaudrait à donner carte blanche à tous ses successeurs d’en user de leur pouvoir comme bon leur semble. Exactement comme le faisait le pouvoir royal qui a justement provoqué l’indépendance américaine!

Ne nous faisons pas d’illusion: les mini-Trump pullulent ailleurs sur terre. Dans nombre de pays, certains n’attendent que le moment propice pour s’essayer à jouer les autocrates narcissiques. Et rien n’indique que le Canada en sera miraculeusement exempté à jamais.

Nous dormons à côté de l’ours qui se réveille de mauvaise humeur.

Ne l’oublions pas.

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Sur une note plus personnelle, je n’oublie pas, de mon côté, que j’ai reçu pendant les Fêtes beaucoup de messages auxquels je n’ai pu répondre encore.

Je tiens sincèrement à dire à toutes mes correspondantes et à tous mes correspondants que j’ai lu chacun de vos messages, qu’ils m’ont beaucoup touché, surtout en ces temps difficiles de pandémie qui nous affligent tant de mille façons. Je compte bien vous envoyer un petit coucou!

Vos messages m’ont requinqué, m’ont redonné du cœur au ventre et me rappellent pourquoi j’adore écrire ces chroniques: c’est parce que je vous sens près de moi, toujours présents, toujours à l’écoute. Merci!Enfin, permettez-moi d’adresser un salut spécial à une fidèle lectrice de Charlo qui a demandé à sa nièce de me transmettre son appréciation et ses bons vœux via le journal. Merci, chère lectrice!

Han, Madame Leblond?