Le monde vit depuis une semaine dans l’après-coup de l’insurrection au Capitole de Washington. Ces événements ont secoué la planète en entier, cela ne fait pas de doute. Le mal dont souffre la démocratie américaine, notamment l’emprise de groupes complotistes et d’extrême droite sur une partie de sa population, a de quoi donner froid dans le dos. Or, ce serait une erreur de penser que le Canada, ce « petit voisin du nord » avec qui les États-Unis partagent la plus longue frontière du monde, ne souffre pas de cette même infection.

Le Nouveau-Brunswick ne fait pas exception.

L’histoire de la province n’est pas étrangère aux groupes suprémacistes. Dans un article de la revue scientifique Acadiensis datant de 2019, l’historien Tyler Cline explique que le Klu Klux Klan avait bon nombre d’adeptes dans la province durant les années 1920 et 1930. Toutefois, à la différence des États-Unis, où la population afro-américaine était la cible habituelle de ce groupe, chez nous, le KKK recrutait en réaction contre une population francophone et catholique de plus en plus visible et remettant en question l’hégémonie anglo-saxonne et protestante. Alors que les capuchons blancs sont désormais chose du passé au Nouveau-Brunswick, force est de constater que certains aspects du discours de ce mouvement ne sont pas complètement disparus de l’espace public. Certaines organisations de la société civile, qu’il est inutile de nommer ici, tentent même de réanimer ce sentiment anti-français.

Les héritiers de ce radicalisme prennent aujourd’hui différents visages et sortent parfois du registre raciste d’autrefois dans leur rhétorique.

Les QAnon, Proud Boys, et autres groupes de l’extrême-droite américaine, à la base de la mouvance trumpiste ayant revendiqué l’insurrection du Capitole, forment une constellation disparate allant du nationalisme fascisant jusqu’au libertarisme antisystème.

Or, ces groupes sont aussi bien présents chez nous, et le Nouveau-Brunswick, loin de faire exception, serait en fait l’une des provinces au pays où ils sont les plus actifs.

La milice libertarienne des «Three-Percenters» ainsi que les Soldats d’Odin, un groupe nationaliste blanc fondé en Europe, auraient des chapitres dans la province. Deux groupes en particulier ont même été fondés ici: la Northern Guard et les Northern Maidens, dont on retrouverait des cellules actives à Moncton, Sussex, et Saint John.

Justin Bourque, qui avait terrorisé la ville de Moncton pendant une chasse à l’homme au terme de laquelle il a tué trois officiers de la GRC en juin 2014, avait été radicalisé par de tels groupes.

Il ne faut pas se leurrer: notre culture politique n’est pas immunisée contre les dérives observées aux États-Unis. Au contraire, nos voisins du Sud ont toujours eu sur nous une forte influence politique. Les Canadiens n’ont pas porté Trump au pouvoir, mais ils subissent eux aussi les effets du déclin de la démocratie américaine. Une réflexion s’impose sur la radicalisation qu’on observe chez nous et sur ses effets sur notre propre discours politique.

Parce que le problème du voisin, c’est aussi le nôtre.

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