De la science-fiction pleine d’humanité

J’apprécie la science-fiction, surtout celle qui nous permet de réfléchir sur l’avenir du monde. La bande dessinée française Carbone & Silicium constitue un bel exemple de ce genre littéraire. Pour faire suite à cette œuvre remarquable, la musique de Rick Blanchard; un musicien chevronné qui relève le défi d’un premier projet solo aussi teinté d’humanité.

Carbone & Silicium, Mathieu Bablet

Si vous aimez la bande dessinée de science-fiction de nature philosophique qui soulève des questions profondes sur la condition humaine, vous serez conquis par cette œuvre singulière. À chaque case, on est époustouflé par la beauté des dessins aux couleurs riches dans les teintes de bourgogne, de kaki, d’ocre, de crème et de sauge. Le bédéiste français arrive à créer un monde empreint de nostalgie et de mélancolie. Réalisés avec une grande finesse, ses dessins révèlent des personnages aux formes souvent tordues qui peuvent nous apparaître imparfaites. C’est tout simplement fabuleux.

S’apparentant au récit d’anticipation, Carbone & Silicium nous entraîne dans un futur pas si éloigné dans les années 2040. Des scientifiques de l’entreprise Tomorrow Fondation de Silicone Valley créent deux androïdes Carbone et Silicium à l’apparence humaine ayant pour mission de s’occuper de la population vieillissante. Or les choses ne se passent pas comme prévu. Pour des raisons commerciales, on limite leur durée de vie à 15 ans. Lors d’un voyage en Inde, Silicium arrive à s’échapper, laissant derrière lui Carbone. La professeure Noriko, qui leur a insufflé la vie, parvient à changer le code de Carbone pour lui permettre de transférer son esprit dans un autre corps et ainsi prolonger sa durée de vie. Elle changera de corps régulièrement, tandis que Silicium conserve toujours la même enveloppe corporelle. Chaque chapitre s’ouvre sur un gros plan du nouveau visage de Carbone.

Au fil du récit très dense qui s’étend sur près de trois siècles, on suit le périple des deux androïdes dans différentes régions du monde. Ceux-ci sont témoins de l’évolution humaine. Silicium qui voyage seul tente de visiter le plus d’endroits possibles sur la planète, tandis que l’idéaliste Carbone qui a une vie plus sédentaire, s’évertue à aider les autres.

Une sorte d’histoire d’amour naîtra entre les deux robots qui se croisent à plusieurs moments dans leur parcours. Ayant enfreint les règles de la robotique sur la durée de leur existence, ils sont pourchassés par la compagnie Mekatronic. Bien qu’ils aient choisi des voies différentes, Carbone et Silicium ressentent un attachement très fort l’un pour l’autre.

Si l’intelligence artificielle est souvent au cœur de la science-fiction, cette fois, nous sommes face à un récit plein d’humanité. La fin du capitalisme, les catastrophes environnementales, l’individualisme, le rapport au corps, la migration des populations, la spiritualité, les liens humains figurent parmi les enjeux abordés dans ce livre. C’est très actuel comme discours. Le roman graphique se conclut sur une postface de l’écrivain français Alain Damasio qu’il signe en «l’an de COVID intersidéral 2020.» Mathieu Bablet est l’auteur de plusieurs bandes dessinées de science-fiction, dont l’ouvrage primé Shangri-La paru en 2016. Le bédéiste a mis quatre années à réaliser Carbone & Silicium. Je vous recommande fortement le format papier. (Ankama Éditions, 2020). ♥♥♥♥

Rick et les Bons Moments, Éric «Rick» Blanchard

«On va tous finir ben gelé au CHLSD, j’te dis que ça va être le party à l’année/ben cramponné sur nos marchettes juste après l’heure de la dosette/ben gelé au CHLSD», chante Rick Blanchard. Des paroles qui en disent long sur l’humour grinçant de cet auteur-compositeur-interprète du Bas-Saint-Laurent au Québec qui propose un premier projet solo accompagné de son groupe Les Bons Moments. Sans prétention, le réalisateur et multi-instrumentiste offre une musique dans la tradition folk-rock mélodique qui suit les traces des grands noms de ce genre musical. C’est simple, sans fla-fla, efficace et bien assumé. Des textes personnels, intimistes, mais aussi critiques sur les travers de la société et l’évolution du monde. Sans être dramatique, il aborde des sujets assez profonds.

Depuis plus de 25 ans, Éric Blanchard accompagne d’autres formations du pays dans différents projets, dont Raton Lover et les Chercheurs d’Or. Pour son premier disque solo, il s’est entouré de plusieurs musiciens, dont Maxence Cormier des Hôtesses d’Hilaire et Éric Dion (Dans l’Shed) à la coréalisation. Son univers rejoint à certains égards ceux de Fred Fortin et Vincent Vallières. ♥♥♥