Droit d’accès

Pendant des années, j’ai passé beaucoup de temps sur les routes de l’Atlantique. Le plus souvent, je louais une auto à l’aéroport d’Halifax ou de Moncton pour aller à l’Île-du-Prince-Édouard, dans la Péninsule acadienne, au Cap-Breton ou à Edmundston. Mais souvent aussi – particulièrement l’hiver lorsque je n’aimais pas voyager seule sur des routes enneigées, – je prenais Maritime Bus. J’en étais bien aise: service confortable, conducteurs sympathiques et zéro inquiétude, pour ne rien dire du prix, dérisoire comparé à la location d’une voiture.

Aujourd’hui, le Nouveau-Brunswick est en passe de se retrouver sans ce service. Plus de liaisons aériennes hors Moncton, plus de train et bientôt plus de bus. Qu’est-ce que vont faire les gens qui n’ont pas les moyens d’avoir une auto ou d’en louer une et qui doivent se rendre à des rendez-vous médicaux? Rendre visite à des personnes âgées? Bouger pour travailler? Ces services annulés pour cause de pandémie ne reviendront pas, comme par magie, après la pandémie. Je ne crois pas un seul instant qu’Air Canada songe à reprendre son service à Sydney ou Saint-Jean, par exemple.

On assiste donc, encore une fois, à une érosion de l’accès aux services de base pour les moins nantis: sans auto pas de déplacements possibles tout comme sans carte bancaire, semble-t-il, on ne peut plus acheter grand-chose ou comme sans ordinateur on n’arrive plus à faire quelque demande gouvernementale que ce soit.

Cette détérioration graduelle de l’accès aux services a pris de l’ampleur avec la crise sanitaire et elle est d’autant plus préoccupante (ou devrait l’être) qu’elle marginalise un peu plus ceux et celles qui ont le plus besoin de ces services. L’écart croissant entre les riches et les pauvres c’est aussi ça! Sans ordinateur, sans carte bancaire, sans internet ou sans auto, une partie du quotidien devient tout à coup inaccessible.

Comme la majorité d’entre nous disposons de tous ces outils ordinaires, on ne se rend même pas compte de cette dérive sectaire. Pourtant, il me semble qu’il est grand temps de réagir, tout comme on le ferait, avec ardeur, si on parlait d’accès aux hôpitaux ou à l’école.