Herself: un film puissant à voir absolument

Herself (Amazon Prime) raconte une histoire toute simple. Mais gare aux apparences: ce film irlandais est un des plus bouleversants que j’ai vu ces dernières années.

Sandra (la sublime Clare Dunne) habite Dublin en compagnie de son mari et de ses deux enfants.

Le film ne le précise pas clairement, mais on devine que Sandra vit dans une relation abusive depuis un certain temps.

Un jour, son mari l’agresse sauvagement, au point de lui casser la main. Elle décide donc de le quitter en emmenant ses deux jeunes filles.

Si elle est enfin en sécurité, Sandra n’est pas pour autant sortie du bois. Elle peine à joindre les deux bouts même si elle occupe deux emplois et elle est forcée de vivre dans une chambre d’hôtel pas du tout adaptée à la vie familiale.

Réalisant qu’elle et ses deux filles pourraient vivre dans cette chambre pendant des années, elle décide de prendre le taureau par les cornes.

Sur internet, elle découvre qu’il est possible de se construire une petite maison pour moins de 35 000 euros. Grâce à la générosité d’un paquet de gens et malgré son absence de connaissances, Sandra se lancera dans l’aventure de bâtir sa propre demeure.

Le meilleur et le pire

Tourné par Phyllida Lloyd (Mama Mia, The Iron Lady), Herself est une oeuvre magnifique.

On y est témoin du meilleur et du pire que l’humanité a à offrir.

Le pire prend évidemment la forme de Gary (Ian Lloyd Anderson), le conjoint violent de Sandra. De nombreux films ont été tournés sur la violence conjugale et la plupart font abus d’une agressivité graphique et répétée.

Ce n’est pas le cas de Herself, dont la violence se limite à 25 secondes filmées hors champ.

L’oeuvre de Lloyd est quand même une des plus dures des dernières années, par son ton et une finale extraordinairement marquante.

Sérieusement, cette scène est un véritable coup de massue. On sent comme si une brique nous descendait dans l’estomac. Mais on n’y voit pas le moindre comédien, preuve que la violence de ce film est d’une finesse rare.

Le meilleur, lui, prend la forme de l’expression irlandaise meitheal – quand des gens s’unissent pour aider et qu’ils en retirent les bienfaits.

Herself est un film sur l’espoir, sur le courage et sur la puissance de l’entraide.

Malgré sa dureté, c’est un film lumineux, qui raconte une histoire toute simple, sans le flafla ou les sentiments faciles hollywoodiens.

Mais c’est aussi et surtout l’extraordinaire exploit de Clare Dunn, qui cosigne le scénario en plus de nous offrir une prestation exceptionnelle dans le rôle principal.

Il y a une semaine, j’ignorais qui était Clare Dunn. Aujourd’hui, je ne sais pas si je pourrai un jour l’oublier. Son film est un chef d’oeuvre à découvrir absolument.

(Quatre étoiles et demi sur cinq)

 

Pieces of a Woman: criant de vérité

On dit souvent que la pire chose qui puisse arriver à un parent est de perdre un enfant. Grâce à une performance magistrale de Vanessa Kirby, Pieces of a Woman (Netflix), illustre à quel point ce type de deuil peut être pénible, long et destructeur.

Kirby (la princesse Margaret dans The Crown) interprète Martha, une professionnelle de Boston. Elle est enceinte et tient mordicus à accoucher à la maison.

Quand les contractions se présentent, une sage femme débarque. Malheureusement, le bébé meurt quelques minutes après avoir été mis au monde.

S’en suivent six mois difficiles, au cours desquels Martha se retranche chaque jour un peu plus en elle, au point de s’aliéner son conjoint (Shia LaBeouf) et sa famille.

Un grand coup

Le réalisateur hongrois Kornél Mundruczó fait avec Pieces of a Woman ses débuts au cinéma américain. Et il ne rate pas sa rentrée.
Les 30 premières minutes de son film – tourné à Montréal – sont un véritable chef-d’ouvre artistique, technique et lyrique.

Non seulement nous offre-t-il un des accouchements les plus réalistes de l’histoire du cinéma, mais il le fait dans une ambiance dont l’intensité est à couper au couteau.

Comme si ce n’était pas assez, Mundruczó a tourné cette scène d’anthologie de 30 minutes sans coupure!

On a déjà vu des défis logistiques techniquement plus difficiles, mais la chorégraphie est sans bavure et c’est ce qui importe.

Pesant

Si le premier quart du film se démarque par son intensité émotionnelle, les 90 minutes restantes sont beaucoup plus conventionnelles. Et elles sont très pesantes.

Il n’y a évidemment rien de joyeux à suivre le quotidien d’une jeune femme endeuillée dans un couple sans cesse poussé à son point de rupture. L’ambiance de chaque scène est lourde, les longs silences sont malaisants et les conflits latents n’attendent qu’une simple étincelle pour exploser.

Une ambiance qui n’est pas sans rappeler celle d’un autre film de Netflix, A Mariage Story (2019), mais en beaucoup plus morose.

Si le propos est assez convenu, le jeu de Kirby, lui, est exceptionnel. Son mal-être crève l’écran et a dû demander beaucoup de recherche et de préparation.

À voir dans un bon état d’esprit, ne serait-ce que pour Kirby et les 30 premières minutes.

(Quatre étoiles sur cinq)