Après le temps de Noël, l’Église est entrée dans le temps ordinaire. Pourtant, rien n’est ordinaire cette année. Tout est différent. À cause du virus, mais aussi d’un hiver qui manque de vigueur (serait-il affaibli parce qu’il aurait attrapé la COVID?) Dans la liste des moins: pas (ou peu) de pistes de ski, pas d’éperlans, pas de congé scolaire. Et dans les plus: des masques, du désinfectant, des annulations et des vaccins.

Peu à peu, je me résous à enlever les décorations de Noël. Si lentement qu’en continuant à ce rythme, j’en ai jusqu’au carême. Tant mieux: c’est ce que je vise! Les lumières me font du bien. Elles nourrissent mes réminiscences de ce Noël 2020 pas comme les autres.

Jamais je n’aurais cru présider des messes de Noël devant des gens masqués. Chacun portait son masque et souhaitait «Joyeux Noël» avec ses yeux. Habituellement, on dénote l’originalité ou la coquetterie d’une personne à sa tenue vestimentaire lors de la Minuit: le chapeau ou le béret pour les uns, une broche ou un collier pour les autres. Cette année, le masque était le révélateur de la personnalité. Certains, en enlevant leur manteau, nous ont fait remarquer que leur masque avait le même motif que leur chemisier. Rien de trop beau, même en temps de pandémie!

Au-delà de son côté esthétique, le masque est un bon allié. Il est une barrière pour empêcher le virus de nous infecter. Et pour nous garder de contaminer les autres. La plupart des gens reconnaissent cela aujourd’hui. Mais au mois d’octobre, lorsqu’il est devenu obligatoire de porter le masque dans les lieux publics, il n’y avait pas une telle unanimité. Les audacieux qui le portaient avant son obligation étaient souvent dévisagés. Et certains haussaient les épaules (ou le ton): est-ce vraiment nécessaire? Utile? Valable? Obligatoire?

Ces protestations pourraient repartir de plus belle. Cette fois, à l’égard du vaccin. Motivés par la crainte, un scepticisme constant face à la science ou par le soupçon d’une forme de complot, des gens s’improvisent professionnels pour dénoncer ce qu’ils croient être un «poison à retardement».

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Le vaccin a certes un risque impossible à nier. Mais il est si minime en regard du risque de ne pas se faire vacciner et d’être contaminé par un virus qui, avouons-le, a tellement modifié nos existences qu’il a supprimé des aspects essentiels à notre qualité de vie. En refusant le vaccin, ce sont aussi nos proches que nous mettons à risque. Le caractère altruiste pourrait motiver les récalcitrants: si vous ne voulez pas le vaccin pour vous protéger, faites-le pour les autres.

Au début de la semaine, le pape François a voulu donner l’exemple en disant qu’il n’hésitait pas à se faire vacciner et qu’il avait pris son rendez-vous. Comme prévu depuis quelques semaines, les vaccins devaient arriver au Vatican à la mi-janvier et les premiers à le recevoir seraient les personnes âgées et celles qui sont en contact avec le public. Le pape tombe dans cette catégorie.

Il n’a pas seulement encouragé les gens à faire de même, mais il a eu des paroles sévères à l’égard des critiques; pour lui, il s’agit d’un «négationnisme suicidaire». Il invite à faire confiance à la science et dit que d’un point de vue éthique, tout le monde doit se faire vacciner pour ne pas mettre à risque sa santé, mais aussi la vie des autres.

Ce n’est pas la première fois que François s’exprime sur les vaccins. Depuis l’été dernier, il exhorte les gouvernants à un accès égal au vaccin, en particulier dans les pays pauvres. Il a déjà dénoncé une forme d’égoïsme national chez ceux qui n’auraient aucun souci de la vaccination des populations défavorisées sur leur territoire et au-delà de leurs frontières.

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En regardant les lumières de Noël, je pense à mon homélie de Noël que François m’a inspiré. Avec les gens, j’ai voulu méditer sur la valeur de toute vie humaine, révélée par le mystère de l’incarnation. J’ai invité les gens à se protéger des virus invisibles qui menacent nos existences. Or, il y a plus que le coronavirus!

D’autres virus invisibles nous menacent: les inégalités sociales, la surconsommation et le gaspillage, la destruction de la nature, le populisme et les théories du complot, etc. Pour nous protéger de la haine, de la jalousie et de l’égoïsme, nous aurions besoin d’un vaccin contre le mal. Mais il n’existe pas un tel vaccin pour éliminer du cœur humain ce qui empêche d’être heureux. Ainsi, chacun doit trouver les moyens à sa portée pour être ardent à faire le bien et rendre la vie plus belle autour de lui.

Je repense à cette homélie de Noël et je souris. J’ai peur que mes exhortations annuelles ressemblent aux sermons qu’on caricature dans les romans et qui me font pourtant sourire. Ai-je besoin, année après année, de reprendre le même refrain qui invite à la bienveillance? C’est un risque. Or, taire cette invitation à l’amour c’est risquer qu’un discours incitant à la révolte prenne toute la place. Je vais donc continuer à conjuguer l’amour à tous les temps et à tous les modes. Si ce n’est pas nécessaire pour ceux qui l’entendent, ça l’est pour celui qui l’écrit.

Dessin de la plantation du chevalier de Préfontaine. – Archives
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