Le calme après la tempête?

C’est une chronique d’adieu que je signe aujourd’hui: un adieu au Bonhomme Sept-Heures qui terrorise la planète depuis quatre ans. Je peine à croire que la planète ne sera plus le jouet d’un autocrate «avec un doigt sur le bouton nucléaire», comme on dit. Bonhomme déménage ses pénates en Floride où il pourra ajouter ses fausses larmes à celles des crocodiles du coin.

Je sympathise quand même un peu avec lui en ce qui a trait à son déménagement: paqueter des boîtes, même avec des amis dévoués, peut s’avérer très épuisant. J’en ai fait l’expérience, deux fois plutôt qu’une, pas plus tard que l’été dernier, et je suis encore fourbu comme un forçat. Même si j’en avais profité pour me débarrasser d’une tonne de trucs inutiles, les boîtes s’accumulaient tant et tant que j’en avais conclu qu’elles poussaient pendant la nuit!

Évidemment, Bonhomme n’aura pas à paqueter ses propres boîtes. Espérons toutefois qu’il n’en profitera pas pour partir avec les bustes, les vases de porcelaine sans prix et les tableaux historiques de la Maison Blanche! Surtout que son intrigante épouse actuelle se serait attelée au défi de revoir la décoration de Mar-a-Lago, leur nouvelle tanière floridienne, au grand dam de Bonhomme, apparemment.

La chicane est pris’ dans ‘cabane!

Ouatchez-les que’qu’un!

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Entre-temps, au moment où je rédige cette épître, les médias américains attendent fébrilement la liste des pardons que Bonhomme est autorisé à accorder avant son départ. Sa première fournée a donné le ton: des individus louches!

Bien que l’on prévoie que certaines personnes graciées soient dignes du privilège qui leur sera donné, attendons-nous à voir d’autres «grâces» offertes à une flopée de personnes qui, elles, ne les méritent pas. Surtout qu’on apprend que certains font du lobby, en crachant du fric, pour obtenir ces pardons!

C’est la marque de commerce de Bonhomme: abyssale absence d’éthique. Étrangement, les médias n’en font pas un plat. On semble trouver normal aux États-Unis qu’un président abuse ainsi moralement d’un pouvoir censé ajouter un élément sacré à sa fonction.

C’est le triomphe du Veau d’or!

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Cette «vente aux enchères» de la grâce présidentielle évoque le commerce des indulgences à la fin du Moyen-Âge; commerce qui avait valu au premier pape Jean XXIII (1410-1415), Baldassare Cossa, élevé dans une riche famille de corsaires rompus aux affaires louches, d’être cloué aux piloris par le théologien réformateur tchèque Jan Hus, considéré comme un précurseur de la montée du protestantisme qui culminera un siècle plus tard avec la publication des thèses de Martin Luther.

L’infortuné Jan Hus fut excommunié en 1411 et brûlé vif pour hérésie le 6 juillet 1415 lors du concile de Constance. C’est même devenu un jour férié en République tchèque!

Sous l’impulsion de Jean-Paul II et maintenant du pape François, l’Église préparerait une réhabilitation de ce clairvoyant «hérétique».

Comme on le sait, l’Église n’est pas vite-vite dans ce genre d’affaires: il a fallu attendre près de 400 ans qu’elle fasse repentance pour la censure et l’abjuration forcée de ce pauvre Galilée dont le crime avait consisté à dire la vérité…

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Le premier Jean XXIII et Bonhomme pourraient avoir un autre point en commun. Ils sont tous deux sortis de l’Histoire en disgrâce. Pour bien le saisir, je dois justement faire un petit détour par l’Histoire.

Lorsque le premier Jean XXIII fut «élu» pape, il y avait deux autres papes sur le trône de Pierre: Grégoire XII et Benoît XIII, chacun «élu» par une différente clique de cardinaux. Cette trinité papale rivale, si j’ose dire, était due à la scission du Sacré Collège qui donna lieu à ce qu’on a appelé le Grand Schisme d’Occident qui mettait à mal l’Église, encore une fois, à l’époque.

En gros, très gros, l’Église était aussi divisée «politiquement» que ne l’était l’Europe. À l’intérieur de l’Église, on assistait à une sorte de souque-à-la-corde entre la dimension pastorale de sa mission et son pouvoir temporel axé sur les luttes de souveraineté territoriale. Les cardinaux se crêpaient le chignon!

On voulut mettre fin au Grand Schisme en convoquant tout ce beau monde en concile, à Constance, en 1414, dans le but de recoiffer les cardinaux, ou plutôt de les réconcilier, et de dénoncer les propos «hérétiques» de Jan Hus, pour amener les trois papes à se désister en vue de l’élection d’un pape plus consensuel.

Résultat: Benoît XIII fut déposé (you’re fired!), Grégoire XII renonça à sa charge. Pour sa part, Jean XXIII, aussi déposé, fut accusé de simonie, de sodomie, de viol, de meurtre et de soixante-dix autres saletés. Il fut «emprisonné» dans un château et leur successeur commun, Martin V, élu à Constance, pardonna à Jean XXIII le scélérat et le nomma même doyen du collège des cardinaux!

Et c’est ici que Trump revient dans la chronique!

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Car, lui aussi part dans une disgrâce totale. Et même si plusieurs estiment que sa carrière politique est derrière lui, comme on l’a cru pour ti-Jean XXIII, d’autres croient possible son retour en grâce à la Maison Blanche en 2024.

Pour le bien de l’humanité, on ne se le souhaite pas!

En attendant, cela ne l’empêchera nullement de nuire partout où ça pourra lui être utile. C’est son modus operandi. Je me demande parfois si ce n’est pas plutôt son karma!

Déjà, la baboune qu’il fait depuis sa défaite électorale imposante et sa mesquinerie manifeste attestent qu’il n’a aucune sensibilité pour tout ce qui touche l’extérieur de sa bulle fantasmagorique. Même la mort de centaines de milliers d’Américains ne semble pas l’émouvoir.

Que demander de pire?

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Cela dit, dès demain un autre président s’amène à la Maison Blanche, beaucoup moins superficiel, beaucoup plus terre à terre.

Certes, sa présidence sera plus pépère, mais je ne doute pas qu’elle apportera une sorte d’apaisement et de sécurité à la morosité qui balaie actuellement la planète. Le calme après la tempête, quoi! Ça nous fera du bien.

Han, Madame?