Procès Ngola: un acharnement politique?

Une simple contravention donnée au Dr Jean-Robert Ngola pour ne pas avoir présumément respecté l’obligation de s’isoler pendant 14 jours en vertu des mesures d’urgence provinciales après un séjour au Québec au printemps dernier fera l’objet d’un procès en juin. Cette saga judiciaire très médiatisée au niveau national s’est invitée sur la scène politique lors d’un point de presse du premier ministre Blaine Higgs lors de l’éclosion de la COVID-19 à l’hôpital de Campbellton.

Visiblement excédé par cette mauvaise nouvelle, le premier ministre Higgs avait révélé que cette éclosion était due à un travailleur de la santé insouciant. Il n’en fallait pas plus pour que le nom du Dr Jean-Robert ne circule sur les médias sociaux avec en prime l’adresse personnelle de ce dernier. Comme celui-ci est d’origine africaine, les remarques racistes à son sujet n’ont pas tardé.

Les avocats du Dr Ngola plaident que les autorités de la santé publique n’ont pas été en mesure de prouver que leur client était le patient zéro à l’origine de l’éclosion. De plus, il a été établi que plusieurs travailleurs essentiels notamment dans le domaine de la santé n’avaient pas à s’isoler lors d’un séjour à l’extérieur de la province. Comme la Couronne se traîne semble-t-il les pieds dans cette affaire en ne fournissant pas aux avocats du Dr Ngola tous les éléments de divulgation de la preuve, ceux-ci pourraient demander un arrêt des procédures.

Dans tous les cas, la Couronne prévoit une quinzaine de témoins dans ce procès qui pourrait durer neuf jours. Les avocats de la défense devraient également avoir des témoins. Devant l’ampleur des ressources exigées pour ce procès, on pourrait croire qu’il s’agit d’une affaire criminelle. Ce n’est pas le cas puisque la GRC n’avait pas recommandé une poursuite au criminel, mais un simple constat d’infraction accompagné d’une amende. Pendant ce temps, des manifestants anti-masques de la région de Moncton peuvent toujours en toute impunité défier les mesures d’urgence du gouvernement Higgs!

Le Dr Ngola, qui pratique maintenant la médecine au Québec, exige des excuses de la part du premier ministre Higgs. On peut croire que toute l’énergie et les frais juridiques encourus par celui-ci pour laver son honneur valent la peine puisqu’il lui saurait plus facile de payer son amende.

De l’autre côté, la décision de la Couronne de ne pas abandonner l’accusation à l’endroit du Dr Ngola peut s’apparenter à un acharnement politique. Les avocats du Dr Ngola voudront démontrer que le premier ministre Higgs et son entourage ont été impliqués dans la décision d’amener toute cette affaire devant les tribunaux.

La Couronne devrait mettre un terme à cette saga judiciaire qui a pris des allures disproportionnées eu égard à la faute alléguée au Dr Ngola. Les frais encourus jusqu’à présent par la province et les ressources limitées de nos tribunaux militent également en faveur d’un abandon des procédures.

Si ce procès devait se tenir en juin, ça serait autant celui du gouvernement Higgs que du Dr Ngola.