Une nouvelle ère?

Ouf! Le clown est parti soigner son bronzage en Floride et, comme tout le monde, je redécouvre le pouvoir civilisateur de la courtoisie et de la décence. Dans le spectacle typiquement américain de l’investiture de Biden je retiens le bouleversant poème d’Amanda Gorman et cette phrase passée quasiment inaperçue: «Souhaitons ne faire de mal à personne et la bienveillance pour tous.»

Parlant de bienveillance, elle a jailli cette semaine d’un article de NB Media Coop. Ses auteurs, Susan O’Donnell, Brian Beaton et Gerry McAlister y expliquent à quel point, comme Anglophones du Nouveau-Brunswick, ils sont contre le Anglophone Rights Association et ses revendications.

Les auteurs s’en prennent d’abord à l’idée que les Anglophones aient besoin d’une association pour défendre leurs droits, soulignant avec justesse que c’est pour ça qu’il y a des élus et une assemblée législative.

Mais surtout ils attaquent de front l’argument principal de cette association que la Loi sur le bilinguisme empêche les unilingues anglophones de trouver du travail. «Il est pervers», disent-ils, «de cibler le succès d’une communauté pour la rendre responsable de l’échec d’une autre». Après tout, ajoutent-ils, tout le monde peut apprendre une deuxième langue.

Connaissant bien Susan, Brian et Gerry et ayant travaillé à leurs côtés, leur point de vue ne m’a pas surprise. Cependant, à en juger par les réactions dans les réseaux sociaux, ce fut une révélation pour bien des Acadiens et Acadiennes et c’est dommage.

Parce que – pour réjouissante que soit cette découverte! – elle nous montre que, nous aussi, sommes sectaires et hâtifs dans nos jugements: «les Anglophones pensent ça», «les Anglophones disent ça», combien de fois l’avons-nous lu et entendu? Comme si tout le monde pensait la même chose «de l’autre côté», comme si nous n’avions pas nous-même de vastes différences dans notre vision du monde.

Des «Anglophones bienveillants» comme j’aime les appeler, il y en a des milliers autour de nous, tout comme il y a, dans nos rangs, des gens hargneux et d’autres ouverts d’esprit. Un peu plus de bienveillance ne nuirait pas.