Le 3e dimanche du temps ordinaire (cette année le 24 janvier) est consacré à la Parole de Dieu. Ce «dimanche de la Parole» veut provoquer une réflexion sur la place de celle-ci dans la vie chrétienne. Nous pouvons l’élargir pour voir la place des écrits dans les différentes croyances.

Chaque religion a ses textes sacrés: les hindous ont les Védas, les Juifs la Torah, les musulmans le Coran, les chrétiens la Bible. Chacune entretient un rapport unique avec ses livres sacrés. Pour certaines traditions, le texte sacré est fondateur; pour d’autres il n’a pas un statut normatif. La manière d’interpréter les textes varie aussi d’une religion à l’autre. Même à l’intérieur d’une foi commune, il peut y avoir des divergences sur les méthodes d’interprétation.

Dans le christianisme, la Parole de Dieu est d’abord une personne. Le Christ est le «Verbe fait chair» (Jn 1). Par sa vie, Il interprète ce qui a été écrit avant lui et Il donne les outils pour lire les signes des temps après lui. Fréquenter la Parole, c’est exigeant parce qu’elle ne donne pas des réponses claires à toutes nos questions. L’essentiel se trouve souvent entre les lignes. Parfois dans les marges. Souvent dans les cœurs où la Parole est écrite (Jérémie, ch. 31).

Les chrétiens ont l’habitude d’entendre les textes sacrés à l’église. Chaque dimanche et aux moments de passage, ils ouvrent le livre des Écritures saintes pour se laisser éclairer d’une lumière nouvelle. En instituant le dimanche de la Parole, le pape a voulu susciter une réflexion sur la place de la Parole, non seulement dans l’action liturgique de l’Église, mais aussi dans la vie personnelle.

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Certaines gens fréquentent la Parole de Dieu chaque jour. Pour prier. Pour trouver réconfort. Pour discerner. Parmi ces personnes, Aurélie a accepté de partager la valeur de ces moments qui rythment chacune de ses journées. Au lieu de dire qu’elle ouvre la Parole, je dois dire qu’elle allume son portable pour consulter «L’Évangile au quotidien», un des nombreux sites consacrés aux textes bibliques. Pour l’instant, elle préfère cela au Prions en Église ou au Magnificat.

Chaque matin, elle lit l’évangile du jour pour l’avoir en tête au cours des douze prochaines heures et saisir ainsi ce que Dieu attend d’elle. Le soir venu, elle relit les textes en faisant le bilan de sa journée. Elle cherche alors à rattacher à un passage des Écritures ce qu’elle a vécu ce jour-là. Elle prie avec la Parole. Elle se laisse façonner par la Parole.

Je lui ai demandé ce qui était à l’origine de son amour de la Parole. Elle dit spontanément «je suis tombé dedans!» J’ajouterais que la Parole est aussi tombée en elle, dans une bonne terre. Dans son enfance, elle aimait découvrir les histoires de la Bible enseignées en catéchèse ou lues à la maison. La vie de prière de sa mère était aussi un témoignage interpellant pour elle.

Lorsqu’elle est arrivée au Canada il y a une dizaine d’années, elle a trouvé un lieu d’ancrage pour sa vie spirituelle dans la communauté Notre-Dame-d’Acadie. À travers les groupes de soutien (mouvement marial, Taizé, etc.), elle a pu nourrir sa foi. Un cours de sciences religieuses lui a aussi permis de mieux connaître la Bible et son univers. C’est alors qu’elle a pris la décision personnelle d’adopter dans sa vie ce dont elle avait été témoin chez sa mère: une fidélité à prier la Parole.

Elle a un faible pour les femmes de la Bible. Parlant de Ruth, Esther et Judith, elle dit être en communion avec ces femmes, souvent étrangères dans leur monde. Leur courage, leur ingéniosité et leur persévérance l’influencent. D’autres textes ne lui disent rien parce que leur sens est obscur ou qu’ils ne résonnent pas dans sa vie. Elle ne s’en fait pas: parfois, il suffit d’une seule phrase pour soutenir toute une journée, toute une vie!

Dans chacune des journées d’Aurélie, labeur et repos sont vivifiés par la Parole. Et lorsque les difficultés inévitables surviennent, au lieu de devenir colérique ou impatient, pourquoi ne pas prier? lance-t-elle. Pourquoi ne pas ouvrir la Parole? Elle est aussi pertinente que les conseils d’un ami. Aussi sûre que les propos d’un sage. Certes plus fiable qu’un tweet!

Cette semaine…

Proposé à des paroissiens de faire une collection de «paroles de Dieu» qui les a marqués, soutenus ou inspirés. C’est un exercice qui peut nous révéler beaucoup de choses sur notre rapport à la Parole. Parmi les chantiers à privilégier pour l’avenir de l’Église, il y a celui de la Parole à valoriser dans des groupes d’études, dans la prière, dans l’évangélisation.

Fait un inventaire personnel des chansons qui reposent essentiellement sur des passages bibliques. De l’histoire du roi David dans l’Hallelujah de Cohen jusqu’au psaume By the rivers of Babylone de Boney M., en passant par Tenir debout popularisé par Fred Pellerin, c’est abondant et vertigineux. La Bible inspire aussi l’art pictural. Elle fait partie du code génétique de l’humanité.

Reçu d’un ami l’information du succès de la baladodiffusion Bible in a year. En deux semaines, il y a eu 4,3 millions de téléchargement, en faisait la balado la plus en vogue aux États-Unis (même devant The Daily du New York Times). C’est un jeune aumônier universitaire, Mike Schmitz, qui a perçu le besoin lors du confinement du printemps, de permettre une lecture intégrale de la Bible.

Retrouvé ces propos du pape François dans une cathédrale luthérienne scandinave en 2016: «Avec gratitude, nous reconnaissons que la Réforme a contribué à mettre davantage au centre la Sainte Écriture dans la vie de l’Église.» Alors que nous prions pour l’unité des chrétiens, se réjouir de la différence des autres qui nous enrichit devient un chemin vers l’harmonie.

Soupiré avec soulagement mercredi. On mesure difficilement l’état du stress ambiant causé par des propos imprévisibles et méprisants, des faits alternatifs et des moqueries d’un chef d’État avec autant de pouvoirs. Le monde a besoin d’une autre parole, de celle qui élève, construit et unit.

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Une révision à huis clos faute de…