Quand la volonté fait défaut

La semaine dernière, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante rapportait que près de 4000 entreprises néo-brunswickoises estiment être à risque de fermer leurs portes en raison de la COVID-19. Ensemble, elles fournissent 15 pour cent des emplois du secteur privé.

Ces chiffres illustrent la précarité de la situation actuelle et l’ampleur du défi qui nous attend pour assurer la relance de notre économie dans les mois et années à venir.

C’est bien connu, le gouvernement du Nouveau-Brunswick est celui qui a le moins fait pour venir en aide à ses résidents, ses entreprises et autres organismes depuis le début de la pandémie. Rien ne nous permet de croire que celui-ci soit sur le point de changer de cap. Au contraire, dans sa course effrénée au déficit zéro, le premier ministre nous a laissé entendre à maintes reprises que la parcimonie, sinon l’austérité, seront au rendez-vous lors du prochain budget.

Higgs a-t-il raison de s’entêter à équilibrer les livres au plus vite ou son obsession est-elle plutôt le signe d’une aversion irrationnelle à l’encre rouge?

Pour y voir plus clair, il faut retourner aux rudiments de la saine gestion des finances publiques. Bien que les analystes utilisent plusieurs indicateurs pour évaluer l’état de nos livres, le plus important est le ratio qui compare la taille de la dette provinciale à celle de l’économie. Lorsque ce ratio, augmente, la situation financière du gouvernement se détériore et vice-versa lorsqu’il diminue.

Au Nouveau-Brunswick, ce ratio a augmenté rapidement au cours de la première moitié de la dernière décennie, passant de 31,8 pour cent en 2010-2011 à 40,8 pour cent en 2015-2016. Depuis lors, cependant, il a diminué de manière significative, s’établissant à 36,6 pour cent en 2019-2020, et ce malgré le fait que la province ait augmenté sa dette d’un peu plus d’un quart de milliard de dollars.

Il peut sembler étrange de conclure que les livres de la province se sont améliorés alors même que notre dette continuait de s’accroître. C’est néanmoins ce qui se produit tant et aussi longtemps que la taille de la dette n’augmente pas plus rapidement que celle de l’économie.

Au cours de la dernière décennie, l’économie du Nouveau-Brunswick s’est accrue en moyenne de 2,6% par année en dollars courants. Rien ne laisse penser que ce taux de croissance moyen ne sera pas maintenu au cours des prochains 10 ou 15 ans. En fait, celui-ci pourrait bien osciller autour de 3% si les investissements nécessaires sont faits pour atteindre l’ambitieux objectif du gouvernement de doubler l’immigration d’ici 2027.

En supposant un taux de croissance prudent de 2,5 pour cent, un simple calcul mathématique nous permet de conclure que le Nouveau-Brunswick pourrait augmenter sa dette en moyenne d’environ 350 millions de dollars par année sans pour autant que sa situation financière ne se détériore.

Quand j’ai écrit Au bord du gouffre? il y a sept ans, j’avais alors prévenu les Néo-Brunswickois qu’à moins que le gouvernement ne change de cap, il se retrouverait avec un déficit d’un milliard de dollars au tournant de la décennie.

Heureusement, le gouvernement a changé de cap. Il se trouve ainsi en bien meilleure posture pour faire face aux défis qui nous attendent, en commençant par celui d’aider les Néo-Brunswickois à traverser la crise actuelle. Si celle-ci n’offre pas une bonne raison pour délier les cordons de la bourse, quoi d’autre pourrait le faire?

La course effrénée au déficit zéro de Higgs en ces temps d’adversité et de grande incertitude va non seulement à l’encontre du consensus mondial, elle menace la relance de notre économie.

Higgs a les moyens d’en faire davantage pour nous aider à traverser la tourmente. C’est la volonté qui semble lui faire défaut.