C’était le premier jour d’un mois nouveau. Lorsque je suis entré dans l’église de Pointe-Verte, je me suis exclamé: «Quel beau mois! C’est mon préféré!» Et la sacristine a haussé les épaules en disant aux autres «Il dit ça chaque mois!»

C’est vrai: j’aime tous les mois (j’avoue avoir un faible pour novembre). Plutôt: j’aime chacun des mois. D’un amour exclusif. Chaque mois est séduisant. En février, c’est lui que je préfère. Jusqu’à ce que mars arrive et gagne mon cœur. Ce qui me plaît en février? Il est le plus court. Il a le goût du chocolat, la forme d’un cœur, le parfum des étreintes (pas cette année!). Mais la grande beauté de février c’est sa lumière.

Chaque mois possède une luminosité unique. Tout comme chaque saison montre une facette du soleil. Au printemps, il y a le bienfait de retrousser les manches pour se laisser caresser par la chaleur des premiers rayons. En plein été, l’astre brille de tout son éclat et devient le prétexte pour des sorties et des vacances réjouissantes. En automne, la douceur de la lumière crépusculaire ne laisse personne indifférent. En hiver, il se mire dans les étendues de neige pour leur donner une mosaïque de couleurs qu’aucun peintre n’a réussi à trouver.

Le soleil de février nous fait baigner dans des paysages féériques. On peut voyager loin en restant ici. On peut imaginer les fjords scandinaves sous la neige qui recouvre les plaines. On peut se croire dans les Vosges en dévalant une colline en ski. On peut marcher dans la Forêt Noire en embrassant les grands pins de Kouchibouguac. En février, la lumière est plus abondante. Elle nous tire vers l’avant et nous fait tendre vers les premiers signes du printemps.

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La lumière nous fait du bien. Nous en avons besoin. Elle est un signe de vie. Ce n’est jamais banal d’allumer une chandelle; le geste réjouit et annonce toujours quelque chose.

Entre la lumière et nous, il y a un lien secret. Les Incas se nommaient eux-mêmes les fils du soleil. Des cultes anciens communiquaient aux hommes de l’Antiquité le sentiment d’être des créatures solaires divinisées. Saint Paul définit les chrétiens comme les enfants de la lumière. Lorsque nous rencontrons la lumière, nous nous sentons apparentés à elle.

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Les mystiques disent que dans l’ordre matériel des choses, c’est souvent lorsque nous sommes privés d’un bien que nous le désirons vraiment. Quand nous sommes privés de nourriture et que notre estomac est vide, nous rêvons d’un bon repas. Quand nous sommes privés d’eau, nous avons soif d’une boisson désaltérante.

Dans l’ordre spirituel, c’est différent. C’est souvent ce qui nous habite déjà, sans que nous en soyons conscients, qui allume notre désir. Par exemple, si un enfant s’intéresse très tôt à la musique, c’est qu’il est doté d’un sens musical; l’apprentissage de différentes techniques viendra développer un don qui est déjà là. Ce principe vaut encore plus pour les valeurs spirituelles.

C’est parce que la lumière est déjà présente en nous que nous sommes attirés par elle. Désirer la lumière est l’indice que nous la possédons et que nous sommes faits pour elle. D’ailleurs, personne ne veut vivre un moment de ténèbres intérieure; c’est souffrant et on cherche à s’en sortir. Lorsque la lumière vient à manquer, une partie de nous-mêmes semble nous être arrachée.

En chacun de nous coexistent les ténèbres et la lumière. C’est l’étincelle, la parcelle de lumière, qui réjouit. Dans toutes les religions, ce thème de la lumière est majeur. On désigne d’ailleurs les traditions de l’Orient de «religions de l’illumination».

Les grands prophètes, de Moïse jusqu’à Mahommet, parlent de Dieu comme lumière. Jésus dit qu’Il est la lumière du monde. Il fait passer le monde des ténèbres à son admirable lumière en invitant ses disciples à refléter sa Présence.

Colmater l’hiver

En février, la lumière vient colmater l’hiver. Nos ancêtres avaient l’habitude de colmater les murs pour empêcher le froid extérieur d’entrer dans la maison. La lumière aussi ne pouvait pas entrer. Cette année, pour traverser les ténèbres de cet hiver pandémique, colmatons avec la lumière. Celle des yeux qui sourient, d’une voix qui encourage, d’une main qui rend service, d’un cœur qui patiente. La lumière se trouve aussi dans la musique. Et dans les mots.

Nous en avons été témoins lors de l’inauguration présidentielle. Habillée tout en jaune comme un soleil d’été, le front ceint d’un bandeau rouge comme un feu dans la nuit, la lumineuse poète Amanda Gorman a été une clarté vive dans un ciel démocratique qui montre des signes ténébreux en Birmanie et ailleurs. Ses mots sont bienfaisants. Éclairants.

Car il y a toujours de la lumière,
Si nous sommes assez courageux pour la voir.
Si nous sommes assez courageux pour la porter.

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