Un silence qui en dit long

Vendredi dernier, le gouvernement du Québec a publié sa position officielle concernant la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO), damant le pion à la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, dont le livre blanc est attendu de pied ferme depuis l’automne. Le silence radio du Nouveau-Brunswick depuis cette sortie de la part de son homologue québécois en dit long sur le leadership du gouvernement Higgs en matière de francophonie.

Dans sa position, le Québec énonce cinq grands principes qu’il souhaite voir appliqués à la nouvelle mouture de la LLO. Au cœur de la vision énoncée par Québec, on retrouve l’idée d’une asymétrie entre les deux langues officielles, reconnaissant officiellement la fragilité du français en tant que «seule langue minoritaire» au Canada. Malgré l’égalité de statut des deux langues officielles dans la loi, cette asymétrie a déjà été reconnue en pratique, tant par la Cour suprême du Canada que par la mise en œuvre de la LLO par le gouvernement fédéral.

Toutefois, les demandes de Québec vont plus loin: la province demande que le fédéral renonce à faire la promotion de l’anglais au Québec, que le régime linguistique québécois prime sur le régime canadien sur le territoire de cette province, et que tout financement octroyé par Ottawa aux Québécois d’expression anglaise requiert l’aval préalable de Québec. Il stipule aussi que la province respectera les «besoins réels» de cette communauté, mais ne s’avance pas sur la façon dont ces besoins seront déterminés.

De quoi faire dresser les cheveux sur la tête des communautés francophones hors Québec. Si le fédéral acquiesce aux demandes de Québec, résisterait-il, au nom de la reconnaissance de la «société distincte» québécoise, à des demandes similaires de la part d’autres provinces? Que resterait-il alors des protections fédérales dans des provinces rébarbatives aux droits de sa minorité francophone?

Or, la voix du Nouveau-Brunswick brille par son absence dans le débat public qui s’est ensuivi depuis vendredi. Si des hauts fonctionnaires de la province ont certainement participé aux rencontres fédéral-provinciales-territoriales sur la modernisation de la LLO, le leadership politique, lui, n’est pas au rendez-vous. Il y aurait pourtant eu beaucoup à dire – et surtout, à répondre, suite à la sortie de Québec, qui énonce dans sa position une responsabilité envers la protection et l’épanouissement de la francophonie canadienne.

Une province dont le bilinguisme officiel est antérieur à celui du fédéral et dont les protections envers sa minorité francophone, du moins sur papier, sont plus robustes, pourrait rabrouer gentiment Québec, lui rappelant qu’il n’est pas le seul à pouvoir se proclamer leader en matière de francophonie. Que le Nouveau-Brunswick n’ait pas cru bon d’intervenir est une preuve de plus de l’indifférence, pour ne pas dire du mépris, actuellement porté envers les langues officielles à Fredericton. Et bien qu’on puisse se réjouir d’une présence accrue du Québec en francophonie canadienne, reste que Québec ne pourra pas se substituer aux pouvoirs de Fredericton advenant une modernisation bâclée de notre propre Loi sur les langues officielles.