L’idéologie contre vents et marées

La grande nouvelle que le premier ministre voulait positive lors de son discours sur l’état de la province n’a visiblement pas été accueillie ainsi par tous. Le déficit prévu pour l’exercice financier en cours, anticipé pour un temps à 300 millions $, n’est plus que de 13 millions $ grâce à la prudente gestion financière de Blaine Higgs et de son équipe. Venant du gouvernement provincial ayant le moins dépensé durant la pandémie pour aider ses citoyens et ses entreprises, la nouvelle a plutôt été reçue comme une claque au visage par ceux qui ont perdu leur emploi ou dont l’entreprise est sur le point de fermer ses portes pour de bon en raison de la COVID-19.

Si M. Higgs n’a pas fait complètement abstraction de la pandémie dans son allocution, c’était tout comme. Le premier ministre s’est surtout livré à un long éloge de l’ingéniosité du secteur privé et du laisser-faire gouvernemental. En temps normal, ce genre de discours aurait certainement plus à une partie importante de son auditoire, mais au moment où les citoyens et les entreprises ont le plus besoin de leur gouvernement depuis des générations, c’était franchement malaisant.

Lors de la Grande Récession de 2008, plusieurs observateurs ont accusé le premier ministre canadien, Stephen Harper, et son ministre des Finances, Jim Flaherty, d’avoir tardé à reconnaître l’ampleur de la crise et à agir pour y remédier. Leur conception étroite du rôle de l’État et leur obsession pour le déficit zéro semblaient les avoir temporairement aveuglés. On dirait bien que c’est aussi ce qui est en train de se passer au Nouveau-Brunswick. Blaine Higgs est même allé vendredi jusqu’à fustiger les économistes néo-brunswickois dont il adore en général vanter les mérites parce qu’ils pensent eux aussi qu’il est temps d’en faire plus et de desserrer les cordons de la bourse.

Notre premier ministre n’est pas un politicien extrêmement partisan, mais c’est malheureusement un fervent idéologue.