Scholastique Picou Breaux, fondatrice de Pont-Breaux

Veuve à 33 ans, Scholastique Picou Breaux, descendante des déportés venus fonder une nouvelle Acadie en Louisiane, a conçu en 1839 les plans d’un nouveau village, «Le Pont des Breaux», près de Lafayette et enjambant le bayou Tèche. Elle est considérée comme la fondatrice de cette petite ville plus souvent appelée maintenant, Breaux Bridge.

Les visiteurs de partout qui ont parcouru les traces de Beausoleil Broussard en Louisiane ont connu le célèbre Café des Amis où, pendant 25 ans, on «cassait la baraque» le samedi matin, à l’angle des rues Van Buren et Domengeaux, à Pont-Breaux, avec leurs déjeuners-dansants sous la musique zydeco. Le Café des Amis a fermé ses portes il y a quelques années, mais un autre restaurant a repris cette tradition qui fait la renommée de la ville.

Pont-Breaux tire son nom de la famille Breaux. Firmin Breaux est né à Rivière-aux-Canards, près de Grand-Pré. Déporté avec sa famille à Boston, il arrive en Louisiane, orphelin, en 1765, à l’âge d’environ 17-18 ans, avec son oncle Sylvain Breau et quelques autres, en compagnie du clan Broussard. Vers 1770, il fait l’acquisition d’une assez large terre qui avait appartenu à un marchand de La Nouvelle-Orléans, Jean-François Ledée, et qui longeait les deux côtés du bayou Tèche. Firmin s’était établi à un endroit qu’on appelait Lapointe, près du Pont-Breaux actuel.

En 1796, Firmin achète d’autres terres, cette fois-ci de Pierre Broussard (possiblement le fils d’Alexandre, frère de Joseph, le célèbre héros de la résistance acadienne) afin d’agrandir son domaine. Il devient l’un des plus importants propriétaires terriens de la région, ayant également acquis des terres plus au sud, soit dans la région de Grande Parie (Lafayette) et de Vermillon.

En 1799, Firmin Breaux construit un petit pont, une passerelle, au-dessus du bayou Tèche afin de permettre à sa famille et à ses voisins de passer d’un côté à l’autre de la voie d’eau. Les deux extrémités du petit pont étaient fixées à deux énormes chênes gisant au côté du bayou.

Un an avant la mort de celui-ci, son fils Agricole Breaux va remplacer la passerelle par un véritable pont carrossable qu’on viendra à appeler «Le pont de Breaux».

Agricole Breaux va hériter des nombreuses terres de son père. Quelques années auparavant, il avait épousé la jeune Scholastique Picou.

Scholastique Mélanie Picou était française du côté de ses parents, Nicolas Picou, issu d’une vieille famille de la Nouvelle-Orléans, et Marguerite Lavigne, née de parents français qui avaient vécu à l’île Royale.

Marguerite Lavigne était Acadienne de par sa mère, Scholastique Bourgeois, née à Beaubassin. Orpheline à l’âge de trois ans, elle a eu comme «beau-père» un Melançon et a grandi parmi les nombreux Acadiens qui vivaient le long du bayou Tèche.

En 1828, Agricole meurt, laissant Scholastique avec cinq enfants et ses nombreuses terres. Loin de se laisser abattre par une telle épreuve, elle trace, tel Alexandre en Égypte, un plan pour établir un village. Le document, dénommé Plan de la ville du Pont des Breaux, comprenait les nombreuses rues, les lots et les terrains pour une école et une église. Scholastique avait alors 33 ans.

L’année suivante, elle parcellise ses terres et vend des lots à de nombreux Acadiens de la région. Par ce geste, on considère que Scholastique Mélanie Picou Breaux est la fondatrice de Pont-Breaux. La date du 5 août 1829 est même attestée comme étant le jour de fondation. En 1847, une paroisse est érigée et 12 ans plus tard, en 1859, Pont-Breaux est officiellement incorporée. La ville comptait alors 800 résidents.

En 1838, Scholastique se remarie avec Jean-François Domengeaux, avec qui elle aura deux enfants.

Décédée en 1846, à l’âge de 49 ans, Scholastique Picou Breaux est toujours présente dans la mémoire de la ville qu’elle a fondée. Il y a une vingtaine d’années, des femmes de la région se sont regroupées pour former «The Women of Breaux Bridge», avec comme seul but d’honorer cette pionnière. Une plaque a d’abord été installée, puis une statue a été érigée en 1999.

La statue, sise dans le parc central de la ville, est l’œuvre de Celia Guilbeau Soper, arrière-arrière-petite-fille de Scholastique Picou Breaux. Puisqu’aucune photo ou portrait d’elle n’existe, la sculptrice a pris sa propre fille comme modèle. Scholastique Picou Breaux a ainsi été immortalisée, le regard déterminé, avec aux pieds des bottes usées et tenant dans sa main le fameux plan de Pont-Breaux qu’elle avait conçu.

Lors de l’érection de la statue, un journal de Lafayette, The Daily Advertiser, dépeignait ainsi la fondatrice de Pont-Breaux (traduction libre): «L’Évangéline de Longfellow sera toujours un symbole du drame et de la souffrance qui ont marqué l’expulsion des Acadiens de la Nouvelle-Écosse. Maintenant, cependant, nous avons une héroïne acadienne dont la vie symbolise, non pas la douleur et la souffrance, mais la force morale et la résilience des Acadiens. Scholastique Breaux avait ces qualités que Longfellow n’avait pas attribuées à Évangéline. (…) L’histoire de Scholastique Breaux témoigne de l’inlassable détermination et de l’indomptable courage des Acadiens. Scholastique est le symbole des Acadiens de la Louisiane.»

Note: Selon les plus récentes données disponibles (2018), Pont-Breaux (nommée capitale mondiale de l’écrevisse par l’État de la Louisiane en 1959) comptait 8148 habitants, dont 35% se disaient de descendance française, canadienne-française ou acadienne/cadienne (5%). Près de 16% des habitants parlent français et 7% le français créole.