François en a surpris certains. Il en a peut-être heurté aussi. Il est allé à la rencontre d’anciens prêtres. Ces hommes n’ont pas toujours été compris par leurs familles et leurs communautés. Le pape a voulu leur montrer sa proximité et son affection. Ses gestes et ses paroles ont montré que la miséricorde a préséance sur le jugement.

Les photos de la rencontre montrent les enfants entourant le pape et cherchant à l’embrasser. La joie est sur tous les visages des membres de ces familles nouvelles. Pas étonnant que l’un des anciens pasteurs ait dit que la rencontre avait une saveur d’évangile.

J’en connais des prêtres qui ont quitté le sacerdoce après des années fécondes de vie pastorale. Plusieurs sont devenus des collaborateurs et des amis. Ils m’ont soutenu dans mon propre ministère. J’ai toujours pu compter sur leur compréhension et leur solidarité.

À Caraquet, à Beresford, à Petit-Rocher ou à Shippagan, je les ai accueillis à l’église. Ils étaient là, dans la nef, alors qu’autrefois leur place était où je me trouve, dans le chœur. Plusieurs continuent de faire partie de ma vie. Je les aime, avec leur conjointe et la famille qu’ils ont fondée.

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Cette semaine, j’ai vu un coucher de soleil d’une grande beauté. Le ciel avait des couleurs pastel qui donnaient le goût de plonger dedans. J’ai plutôt plongé dans mes souvenirs. Parce que ce crépuscule m’a ramené plusieurs années en arrière.

C’était à Caraquet. J’avais été appelé pour aller célébrer le sacrement des malades avec Armand. Dans la salle de séjour, on voyait la baie. Ce soir-là, le soleil avait choisi ses couleurs les plus douces pour l’accompagner jusqu’à sa fin. La beauté dehors n’avait d’égal que l’amour qui se vivait à l’intérieur. Armand, le Père Armand comme il avait déjà été nommé, était entouré de sa femme Raymonde, de ses trois enfants et de membres de sa famille.

Il était au soir d’une vie donnée. L’amour avait été au cœur de tous ses choix de vie. L’amour du Christ, l’amour de Raymonde, l’amour de ses enfants. Tout ce qu’il avait donné d’amour, il le recevait maintenant de sa famille et de l’Église dont je me sentais être l’humble représentant.

Il y a une semaine, je suis retourné voir Raymonde. Avec sa générosité de cœur, elle m’a accueilli. Nous avons partagé des souvenirs de ce moment-là. Et plus encore. Elle m’a parlé de sa vie avec Armand. Des enfants qu’ils ont eus. Et du commencement de leur relation.

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L’histoire commence à St-Arthur. Lui, il est le curé de la paroisse. Elle, jeune enseignante, en pension loin de chez elle. Mademoiselle Albert admire les qualités du curé: il est bon, intelligent et intègre. Elle se reconnaît dans les valeurs qui l’animent. Elle collabore avec lui pour toutes sortes de projets qui animent la vie communautaire: patinoire, cantine, bingo, quilles.

À ce moment-là, Raymonde n’a surtout pas le temps pour une relation sérieuse. D’ailleurs, adolescente, elle avait déjà fait le choix de devenir femme d’affaires. Elle avait décidé de rester célibataire: la maison et les enfants, c’est pour les autres, pas pour elle!

Mais un jour, le cœur semble prendre sa revanche sur la raison. Elle s’engage dans une relation qui ira jusqu’aux fiançailles. Or, le fiancé ne fait pas battre son cœur autant que le curé. Mais elle se dit que c’est impossible avec le Père Armand: il est prêtre. En plus, il est de 20 ans son aîné. Un soir, ils se disent leur amour, mais d’un commun accord, ils décident de couper les liens. Lui, il aime son ministère et veut le poursuivre; elle revient dans son village pour ne plus le voir. Ils choisissent de mettre leurs sentiments de côté. Mais on ne verrouille pas un cœur.

Un jour, leurs routes se croisent à nouveau. Par un hasard qui ne peut qu’être planifié. Après un an et demi de réflexions personnelles, voici qu’Armand se pointe aux Flots Bleus. Celle qui va le servir n’est nulle autre que Raymonde. C’est le début d’une aventure qui sera comme un grand repas: une table s’ouvre pour accueillir et rassasier beaucoup de monde.

Ensuite, tout va vite. Le mariage civil au palais de justice avec les parents de la mariée. La naissance de deux enfants qui permettront aux parents d’Armand de montrer qu’ils se sont réconciliés avec la décision de leur fils. La bénédiction de leur mariage à la chapelle du Vieux couvent. La naissance d’un autre trésor. Et leur engagement dans la vie communautaire et le monde des affaires.

Le cœur d’Armand avait assez d’amour pour aimer à la fois Raymonde et son Église. Or, il a dû renoncer, avec tristesse, à l’exercice du ministère presbytéral. Mais personne n’a réussi à lui enlever son cœur de pasteur, bon et patient.

Avec Raymonde, il a cherché à ne pas se laisser atteindre par les qu’en-dira-t-on et les regards interrogateurs. Les difficultés les ont unis davantage. Aucun couple ne sort indemne d’une épreuve: ça sépare ou ça rapproche.

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On disait que c’était un amour impossible. Aujourd’hui encore on évoque cela lorsqu’il est question de différentes cultures, d’orientations sexuelles ou encore du grand âge. Raymonde et Armand ont lutté en pensant qu’ils arriveraient à éteindre leur amour; mais c’était un feu dont on ne maîtrise pas les flammes. Pour eux, cet amour venait de Dieu qui les a soutenus et les a fait rayonner.

Leur histoire montre qu’il suffit parfois d’écouter les intuitions de notre cœur. Au risque de surprendre. Parfois même de heurter. Merci aux amoureux qui rendent l’amour possible… malgré les blessures, à cause des blessures. Bonne Saint-Valentin!