Jackie Vautour – la saga Kouchibouguac

Le décès du militant Jackie Vautour, rendu célèbre dans sa lutte contre l’expropriation des résidents de la région de Kouchibouguac dans le comté de Kent pour y créer un parc national à la fin des années soixante, a fait couler beaucoup d’encre récemment. Ces événements ont été par certains comparés au triste épisode de la déportation du peuple acadien. Chose certaine, ce n’est pas la Couronne britannique qui cette fois-ci est responsable de ce malheureux événement, mais plutôt celle du Canada représentée par le gouvernement fédéral et celui de la province du Nouveau-Brunswick.

Nous sommes à la fin des années soixante et nous avons à Ottawa un gouvernement libéral dirigé par Pierre Elliott Trudeau et à Fredericton un gouvernement également libéral avec Louis Robichaud comme premier ministre. Ottawa veut créer un autre parc national au Nouveau-Brunswick, mais il doit avoir la collaboration des autorités de la province. C’est Ottawa qui va financer l’aménagement du nouveau parc Kouchibouguac, mais c’est Fredericton qui a la tâche ingrate d’en exproprier ses habitants.

Contrairement à la déportation de 1755 où les autorités étaient britanniques, le gouvernement de Louis Robichaud est composé de 50% d’Acadiens et de francophones. Qui plus est, le premier ministre est député du comté de Kent et un de ses ministres André Richard est lui aussi député du même comté alors qu’un autre, Norbert Thériault, est député du comté voisin de Northumberland. On pourrait croire que le gouvernement Robichaud, qui connaissait très bien les communautés dans les alentours de Kouchibouguac, aurait pu faire preuve de compassion et d’empathie à leur endroit.

Aux élections de 1970, les libéraux de Louis Robichaud sont remplacés au pouvoir par les progressistes-conservateurs de Richard Hatfield qui héritent de la controverse engendrée par les expropriations forcées de Kouchibouguac. Alors que la majorité des expropriés vont se résoudre à accepter la maigre compensation de la confiscation de leur terre, l’un d’eux, Jackie Vautour, va entreprendre un long combat contre cette injustice.

Lorsque les progressistes-conservateurs vont connaître une humiliante défaite aux élections de 1987 aux mains des libéraux de Frank McKenna, Richard Hatfield, à la toute fin du mandat de son gouvernement et avec l’accord du nouveau premier ministre désigné, va signer un protocole d’entente avec Jackie Vautour pour régler à l’amiable sa dispute avec la province du Nouveau-Brunswick. Celui va recevoir une compensation monétaire de 228 000$ (plus d’un demi-million en $ de 2021) et une terre de 50 acres.

On connaît la suite des événements. Richard Hatfield va décéder en 1991 et Jackie Vautour va décider de ne pas respecter son entente avec la province. Il vivra avec son épouse dans une roulotte de fortune dans le parc Kouchibouguac et poursuivra son combat de David contre Goliath jusqu’à sa mort. Ses multiples batailles juridiques sans fin sont maintenant l’affaire de ses héritiers.

Dans cette saga affligeante, Jackie Vautour a eu droit à un traitement de faveur que les autres expropriés plus silencieux n’ont pas bénéficié.